Bijoux en or : les prix ont chuté de 40% en six mois !
14 juin 2013
Ibtissam Benchanna (775 articles)
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Bijoux en or : les prix ont chuté de 40% en six mois !

De 550 DH le gramme à  fin 2012, le prix est passé à  330 DH actuellement. Le cours à  l’international a enregistré une baisse de 16,5% depuis le début de l’année, pour s’établir à  1 384 dollars l’once. Pas d’engouement particulier sur les bijoux, les acheteurs s’attendent à  une poursuite de la baisse.

L’or aurait-il perdu son statut de valeur refuge ? Après avoir clôturé l’année 2012 sur une performance de 8% à l’international, pour atteindre un cours de 1 659 dollars l’once, le métal jaune a en effet rompu avec sa tendance haussière qui a duré près de 13 ans. Au 8 juin, il affichait une baisse de 16,5% depuis le début de l’année, à 1 384 dollars l’once. Si l’on compare ce cours au seuil le plus haut atteint en 2011, soit 1 900 dollars, la baisse atteint 28%.

Les raisons derrière cette chute sont d’ordre macroéconomique et financier. Tout d’abord, la conjoncture économique mondiale est en train de se redresser après une longue période de crise, avec une inflation qui demeure très faible. Cette situation n’est pas favorable à l’évolution du cours de l’or car celui-ci s’apprécie surtout en période d’incertitudes économiques. De plus, la monnaie de facturation du métal jaune, le dollar, a démarré l’année sur une tendance haussière suite aux anticipations de réduction des injections de liquidité de la part de la Réserve fédérale américaine, ce qui exerce une pression mécanique sur le cours de l’or.
Par ailleurs, les autres produits de placement, notamment les actions, se portent bien, contrairement à ce qu’avaient prévu nombre de professionnels. A titre d’ex-emple, le CAC 40 a enregistré une hausse de 6,36% depuis le début de l’année au moment où le Dow Jones s’est bonifié de 16,4%. Du coup, les investisseurs réorientent leurs placements vers ces actifs, certes risqués, mais liquides et offrant des plus-values intéressantes.

A cela s’ajoutent des facteurs ponctuels tel que la volonté de la Banque centrale de Chypre de céder une partie de ses réserves en or, ce qui a poussé dernièrement les investisseurs à liquider leurs positions, occasionnant une forte baisse du cours.
Dans ces conditions, comment se comporte le prix de l’or au Maroc ? En fait, il a suffit d’un tour rapide chez certains bijoutiers à Casablanca et Rabat pour conclure que les bijoux en or ont perdu beaucoup de leur valeur. Alors que le gramme d’or neuf atteignait à fin 2012 près de 550 DH, il se négocie actuellement dans une fourchette variant de 330 à 350 DH, soit un repli de 40% en six mois. Un joaillier précise : «Du 16 avril jusqu’au 7 juin, le prix du gramme d’or a chuté de 15%». Ces prix concernent les pièces fabriquées et affichées dans les vitrines. Le gramme d’or brut coûte en moyenne 284 DH, sachant qu’il avait atteint un plus bas de 275 DH il y a quelques semaines. A ce prix, les fabricants y ajoutent le coût de la main-d’œuvre dont la marge du bijoutier, soit de 20 à 50 DH, voire 150 DH le gramme selon le standing et la précision du façonnage. En outre, il faut compter le prix du poinçonnage qui coûte 6 DH le gramme. Il s’agit d’une autorisation délivrée par l’administration des douanes pour pouvoir réaliser des opérations de vente.

A la revente, les prix ont également chuté pour se situer entre 250 et 280 DH le gramme, alors qu’ils atteignaient il y a six mois plus de 340 DH. Ces prix peuvent évidemment varier selon leur destination. Si les pièces destinées à la revente en l’état perdent près de 15% par rapport à leur valeur d’achat, celles devant être refondues se déprécient plus fortement : jusqu’à -30%, car ils contiennent généralement des impuretés et des pierres qui, retirées, font baisser le poids de la pièce. Par exemple, un bijou pesant 150 grammes peut aboutir à un poids net de 100 grammes seulement.
Ainsi, même si le marché des bijoux en or au Maroc n’est pas vraiment lié au marché de l’or à l’international, les prix y évoluent en parfaite corrélation avec les cours mondiaux. En effet, l’approvisionnement en matière première des bijouteries marocaines ne dépend que d’une manière marginale de l’importation. Le marché est en grande partie tributaire du recyclage des bijoux. Certes, le Maroc importe de l’or industriel, mais cette part reste négligeable dans la balance des paiements du pays. A fin avril, les importations ont totalisé 14,8 MDH.

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Cela étant, les commerçants tendent continuellement à ajuster leurs prix aux cours mondiaux, non parce qu’une corrélation économique existe, mais surtout pour éviter des sorties (si l’or au Maroc est moins cher) ou des entrées (si l’or à l’étranger est moins cher) informelles de l’or marocain vers ou à partir d’autres pays. D’ailleurs, il existe même certains bijoutiers qui s’abonnent à des plateformes d’information financière pour suivre le cours du métal.

En tout cas, même si les prix se sont dégradés au Maroc, la demande sur l’or n’a pas enregistré une croissance particulière. Un bijoutier à Casablanca le confirme : «Nous nous attendions à une plus forte demande sur les bijoux avec le repli des prix, mais celle-ci se fait attendre. Les acheteurs potentiels s’attendent à une poursuite de la baisse». En fait, les acheteurs sont de plus en plus avertis, au fait de l’actualité internationale et n’hésitent pas à suivre le comportement de l’or sur les marchés étrangers avant d’agir. Pourtant, argue notre source, «c’est le moment d’acheter de l’or. Puisque ce dernier a connu 13 années consécutives de hausse, cette chute ne peut être que momentanée et la reprise aura prochainement lieu». Toutefois, d’autres bijoutiers, plus sceptiques, tablent sur une poursuite de la tendance baissière actuelle et n’hésitent pas à proposer des prix largement inférieurs à la moyenne du marché dans le cas d’un rachat.

En tout cas, si l’on veut acheter des bijoux en or en vue de les revendre après quelques années, il faut privilégier les pièces simples, ne comportant pas beaucoup de pierres et ne nécessitant pas un travail de façonnerie complexe. Car, il faut le rappeler, le prix de la revente n’intègre pas les pierres que contient un bijou. Seul l’or, sa teneur et son poids comptent. De plus, les bijoux sobres présentent l’avantage d’être toujours «à la mode», ce qui les orienterait à la revente en l’état. Ceci permettrait de maximiser la plus-value.

Par ailleurs, il y a lieu de signaler qu’il n’existe aucune différence entre l’or jaune, rouge et blanc en termes de valeur marchande puisqu’ils contiennent la même teneur d’or autorisée au Maroc, à savoir 18 carats. En fait, la couleur change en fonction de la nature de l’alliage. Du coup, leur valeur à la revente devrait être identique, ce qui n’est pas généralement le cas, car les bijoutiers profitent de l’ignorance de leurs clients en la matière pour exiger un prix plus bas que le marché.

D’un autre côté, les investisseurs fortunés peuvent miser d’une manière plus réfléchie sur l’or, et ce, à travers les sociétés de gestion de patrimoine. Même si les gestionnaires favorisent plus les produits développés par leurs groupes, souvent bancaires (OPCVM, contrats d’assurance-vie, dépôts à terme…), une partie de l’épargne des clients est placée dans l’or, comme le confirme le directeur d’une banque privée de la place : «L’or a toujours été l’un de nos placements privilégiés au delà des produits bancaires classiques. Il produit un rendement rapide et largement intéressant. Nos clients, surtout ceux qui suivent la situation de leur portefeuille de placement, ont manifesté dernièrement une demande particulièrement forte sur l’or, vu les niveaux de prix atteints».