Economie
Trente jours pour débloquer le dossier Maroc-USA
Pour des raisons de calendrier électoral américain, l’accord
doit être conclu au plus tard à fin janvier.
La plupart des dossiers sont validés, reste le textile et l’agriculture.
Avantages et inconvénients : l’exemple du Mexique.

Quatre semaines à peine nous séparent du délai imparti pour
la signature d’un accord de libre-échange entre le Maroc et les Etats-Unis.
Plus qu’un délai, c’est en fait une contrainte qui est opposée
aux deux parties prenantes. En effet, après ratification du document final
entre les représentants du Maroc et ceux des Etats-Unis, il faudra encore
que le traité obtienne l’aval du Congrès américain
avant de prendre la forme d’un engagement. Même chose pour le Maroc.
Or, sachant qu’il faut en moyenne trois mois pour que le texte sorte des
arcanes du Parlement américain, cela nous ramène à fin avril
et, sachant aussi que le gouvernement, élections présidentielles
obligent, ne peut prendre d’engagement au-delà du mois de mai 2004
janvier étant une limite à ne pas franchir. Il y aura accord avant,
ou il n’y aura pas.
De part et d’autre, les préparatifs vont bon train. En tout, 13 commissions
(voir encadré), représentées par une centaine de négociateurs
pour chaque pays, planchent sur l’accord de libre-échange. En coulisses,
le combat ressemble davantage à celui de David contre Goliath. Les négociateurs
américains sont épaulés par une armada de juristes, de représentants
gouvernementaux et autres lobbyistes. Les négociateurs marocains, eux,
ont l’appui de leur administration. Un déséquilibre qui explique
sans doute les revirements, spectaculaires, de la partie américaine ou
le pointillisme exaspérant qui la poussait à demander des avantages
incongrus, comme celui d’étendre aux multinationales américaines,
quel que soit leur pays d’implantation, les avantages d’un accord
bilatéral.
C’est un package que l’on négocie... et l’accord
aura bien lieu
D’ailleurs, selon des négociateurs présents lors du sixième
round - censé être le dernier - qui s’est tenu à Washington
début décembre, des échanges un peu vifs ont eu lieu entre
Taïeb Fassi Fihri, chef de la délégation marocaine, et son
homologue Robert Zoëllik. Excédé par les «exigences»
des Américains, M. Fassi Fihri aurait même menacé de rompre
définitivement les discussions.
Où en est-on aujourd’hui? A la fin des travaux, chaque commission
rédige un protocole qui matérialise les termes définitifs
arrêtés. Paraphé par les chefs de commissions des deux parties,
le protocole est ensuite annexé, avec les listes de produits s’il
y a lieu (c’est le cas de l’agriculture, de l’accès au
marché, des textiles) à l’accord global. Ce dernier, qui comprendra
sans doute quelques milliers de pages, devra être par la suite paraphé
par les chefs de délégation. A l’heure actuelle, onze des
treize commissions ont pratiquement achevé leurs travaux. Pour certaines,
comme celle des télécoms, le protocole est déjà prêt,
ne manquent plus que quelques définitions juridiques. Pour l’accès
aux marchés, 11 530 produits à déprotéger (voir page
10) ont déjà été identifiés. Pour les autres
volets, il semble que les réformes entreprises au niveau de l’arsenal
juridique marocain soient en phase avec les demandes américaines. Bref,
tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes, n’étaient les
volets agriculture et textile (voir pages 10 et 11).
Pour l’agriculture, le problème est social avant d’être
économique. En effet, ce ne sont pas les fruits et légumes, pourvoyeurs
de devises, ni les industries agroalimentaires créatrices de valeur ajoutée,
qui sont menacés, mais les céréales, légumineuses
et les viandes, secteurs qui emploient une main-d’œuvre pléthorique.
Le Maroc reste sur sa proposition de clauses de sauvegarde et de contingents,
et les Etats-Unis refusent d’en entendre parler.
Pour le textile, ce sont les règles d’origine qui risquent de désavantager
les industriels locaux.
Des pertes d’emplois et de nouveaux investissements sont à
prévoir
Sur ces deux volets, les négociations sont toujours en cours. Mais que
fera-t-on si un accord n’est pas trouvé dans les jours qui viennent
? «Il est important aussi bien pour le Maroc que pour les Etats-Unis de
conclure cet accord. On oublie que c’est d’abord une nécessité
politique autant qu’économique», affirme un responsable gouvernemental
qui s’est confié à La Vie éco. C’est, comme en
mathématiques, un raisonnement par l’absurde : l’accord doit
exister, démontrons-le. «De toute manière, ce qu’il
ne faut pas oublier c’est qu’on négocie un package. Autrement
dit, pour contourner un désaccord sur l’un des volets, on peut, au
final, faire plus de concessions sur un autre.Bien sûr, il y aura de la
casse, notamment des pertes d’emplois, mais les avantages économiques
à tirer de l’accord sont autrement plus importants».
Par exemple, depuis la mise en place de l’Alena, en 1994, le Mexique a enregistré
la perte de 1,3 million d’emplois dans l’agriculture, mais il faut
nuancer la menace. D’une part, il est faux de dire que l’on se retrouvera
immédiatement avec une déferlante de produits américains,
puisque la plupart des produits classés en liste 1 (taux zéro applicable
dès le début) font déjà l’objet de droits de
douane faibles et que la suppression des prix de référence a déjà
fait son œuvre.
D’autre part, s’il est vrai que nous avons plus à acheter des
Etats-Unis qu’à leur vendre, il ne faut pas négliger les autres
aspects. D’abord celui de l’augmentation des investissements étrangers.
Au Mexique, ils sont passés à 12 milliards de dollars par an. En
Jordanie, après la signature de l’accord de libre-échange,
un investisseur américain a même dû faire appel à de
la main-d’œuvre philippine pour pouvoir parer à la pénurie
de compétences. Certes, le Mexique est devenu dépendant, à
85% de ses exportations, des USA, mais, dans le cas du Maroc, l’avantage
est d’avoir déjà un accord avec l’Union européenne,
ce qui permettra de «limiter les dégâts» en cas de ralentissement
de l’économie américaine. Ce qui permet aussi d’espérer
un flux conséquent de délocalisations de la part d’investisseurs
américain avides d’avoir un accès privilégié
à l’Europe. Enfin, il ne faut pas oublier que l’accord de libre-échange
sera un accélérateur pour la mise à niveau législative
et économique du Maroc.
La panacée donc ? «Disons plutôt qu’à moyen terme,
le Maroc y gagnera, mais ma crainte est celle d’avoir négocié
trop rapidement. A-t-on pris assez de précautions ? Je suis sûr qu’il
y aura des surprises par la suite», affirme un des négociateurs.
«De toute façon l’accord doit être signé, autant
en tirer le maximum», conclut-il
Fadel Agoumi avec Saâd Benmansour
www.lavieeco.com
2004-01-02
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