Textile : impact mitigé de la hausse des droits de douane sur les produits turcs
28 février 2018
Wiam Markhouss (330 articles)
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Textile : impact mitigé de la hausse des droits de douane sur les produits turcs

Plusieurs distributeurs ont stoppé leur approvisionnement. Des industriels turcs promettent à leurs clients marocains de prendre en charge le surcoût provoqué par la hausse des droits de douane. Les industriels locaux attendent d’avoir assez de visibilité à moyen et long terme avant d’investir dans la R&D.

Depuis le 8 janvier 2018, les importations de prêt-à-porter et de tissus d’ameublement fabriqués en Turquie sont assujettis à des droits de douane respectivement de 25% et 10% et ce, pour une durée d’un an. Plus de 45 jours après l’entrée en vigueur de cette mesure visant à protéger le textile made in Morocco, aucun impact n’est encore palpable sur le marché. Il existe encore beaucoup de stocks de marchandises turques (en soldes en ce moment) sur les rayons des magasins. « Il faut attendre plusieurs mois avant de ressentir l’impact réel de cette mesure. En tout cas, la mesure a été accueillie favorablement par les industriels du textile», déclare Mohamed Tazi, directeur général de l’Association marocaine de l’industrie du textile et de l’habillement (Amith).
Les industriels font montre d’une réelle prudence dans leurs appréciations. Cependant, des signes de mutation du marché sont bel et bien visibles. En effet, plusieurs distributeurs ne se sont pas approvisionnés depuis la hausse des droits de douane, car les transitaires ont déjà augmenté les frais de dédouanement des importations textile de Turquie. Depuis le 8 janvier, ils exigent 30 DH de plus sur un kilogramme de textile importé de Turquie. «Avant la hausse des droits de douane, on rémunérait le transitaire 80 DH le kilo. Aujourd’hui, il exige 110 DH», déclare un détaillant de foulards à Derb Omar.

Les Turcs avantagés sur le marché international par la dépréciation de leur monnaie

Les autres importateurs déclarent vouloir répercuter la hausse des charges sur les prix de vente. «On n’a pas le choix. On continuera à importer du prêt-à-porter de Turquie et on répercutera la hausse du prix sur le client final», déclare une propriétaire de magasin dans le même quartier. Pour le moment, aucun magasin ni aucune marque low cost telle que DeFacto, LC Waikiki ou autre n’a franchi le pas.
Selon le DG de l’Amith, les industriels turcs ont promis à leurs clients marocains de prendre en charge le surcoût dû à la hausse des droits de douane, lors d’un salon international du textile et de l’habillement tenu récemment. Avec les subventions publiques et la baisse de leurs charges, les industriels turcs disposent en effet des ressources nécessaires pour absorber cette hausse. Qui plus est, ils profitent de la compétitivité monétaire découlant de la dépréciation de la livre turque qui a perdu 25% de sa valeur en un an. «Le taux de change de la livre turque par rapport à l’euro est passé de 3,78 livres pour un euro en 2017 à 4,72 livres en 2018. Par conséquent, les exportations turques sont plus compétitives sur le marché international», explique M. Tazi.
Peu d’espoir pour un redressement sur le court terme

En définitive, les industriels marocains du textile arrivent difficilement à s’en sortir. La part du made in Morocco dans le marché local est même tombée à 20% en 2017 (www.lavieeco.com). «Les importations massives nous ont asphyxiés. Aujourd’hui, nous nous contentons des commandes de réassort. Pour nos besoins en tissu, on importait du fil de l’Inde pour la filature. Mais la production de tissu devient de plus en plus problématique à cause du coût de la teinture au Maroc qui dépasse celui des unités européennes. Ce qui nous encourage à recourir à l’importation de tissu de Turquie», déclare Youssef Alaoui, industriel de textile.

«La seule solution pour monter en gamme est d’investir massivement dans la recherche et développement et la création. Pour ce faire, nous avons besoin de visibilité à moyen et long terme», renchérit M. Alaoui. «Je crains qu’une année ne soit pas suffisante pour pouvoir se réapproprier le marché local et consentir des efforts d’investissement nécessaires», abonde
M. Tazi.

Il est clair que les industriels ne bénéficient que d’un répit. La mesure de protection prendra fin le 31 décembre 2018. Reste à savoir s’il faut attendre que la concurrence soit moins rude pour investir dans la recherche & développement et la modernisation de l’outil de production ou s’il faut le faire tout de suite pour espérer inverser la tendance sur le long terme.