Economie
Tanger : une capacité litière qui va quadrupler dans 3 ans, mais comment remplir les hôtels ?
Les nuitées stagnent à un peu plus de 700 000 par an et le taux de remplissage des hôtels se situe à peine autour de 50%.
Avec le développement industriel, une vocation de destination d'affaires à promouvoir, mais les infrastructures manquent.

Mustapha Boucetta, le président du CRT de Tanger est perplexe. Il s’interroge sur la capacité de la ville à commercialiser les 20 000 lits qui seront disponibles dans les trois prochaines années contre 5000 actuellement. Avec 700000 nuitées, soit un taux de remplissage moyen d’environ 50%, la plupart des hôtels, souvent anciens et qui n’ont plus de dettes à rembourser, s’en sortent bien. Tanger fait même mieux qu’à la fin des années 1990 durant laquelle le taux d’occupation ne dépassait pas 25%. Mais elle peine à devenir une destination de choix. Pourtant, au vu des potentialités historiques, culturelles et géographiques, elle pourrait l’être au même titre que Marrakech ou Agadir. «La ville s’industrialise de plus en plus, mais ce n’est pas une raison pour négliger son potentiel touristique. Bien au contraire, elle devrait saisir l’occasion pour se positionner sur le créneau du tourisme d’affaires», suggère Mustapha Boucetta. A l’en croire, la ville reçoit beaucoup de demandes pour l’organisation de congrès et séminaires, mais, faute d’endroits pour les abriter, ces marchés sont perdus. Il déplore le fait que le plan de développement régional touristique (PRDT) qui prévoit la construction d’un Palais des congrès semble être relégué aux oubliettes pour des raisons incompréhensibles. Déjà finalisé, ce plan qui a coûté 4 MDH attend en effet d’être signé depuis un an et demi.
Des sites et monuments délaissés
Le tourisme classique souffre également de cette négligence. M. Boucetta regrette que les sites et monuments historiques ne soient pas restaurés et mis en avant pour attirer les touristes. «Combien de gens savent par exemple que la tombe d’Ibn Batouta se trouve à Tanger ?», s’interroge le président du CRT, ou encore, poursuit-il, «combien de villes au monde peuvent-elles s’enorgueillir d’avoir deux façades maritimes, d’avoir attiré de grands écrivains et artistes, venus y chercher l’inspiration comme Paul Bowles ou Matisse pour ne citer que ces deux-là ?». Ceci sans parler des autres sites comme la Kasbah ou l’ancien Hôtel de ville et beaucoup d’autres monuments historiques édifiés dans Tanger et sa région.
Mustapha Boucetta parle avec amertume. Pour lui, les pouvoirs publics n’ont d’yeux que pour Marrakech où le rythme de construction d’établissements hôteliers et de résidence touristique est effréné ; «ce qui pourrait avoir à terme des effets néfastes». La preuve du manque d’égard pour la capitale du détroit est que le budget alloué par l’office national marocain du tourisme (ONMT) à Tanger pour sa promotion ne dépasse guère les 4 MDH. «Ridicule par rapport aux budgets alloués à d’autres villes», se plaint le président du CRT. Il reconnaît toutefois que l’Office accompagne les professionnels de Tanger pour certaines opérations de promotion, mais l’intérêt porté à la ville reste insuffisant. Il pense qu’avec la construction d’autoroutes et voies ferrées, et donc la réduction du temps de liaison, les pouvoirs publics devront nécessairement s’intéresser à Tanger pour pouvoir remplir les hôtels de Fès et même de Marrakech.
Les professionnels se prennent en main
En attendant, les professionnels de la ville prennent les devants et organisent des opérations de promotion un peu partout dans les marchés émetteurs. La prochaine aura lieu en avril prochain à Gênes en Italie pour tirer profit de la nouvelle liaison maritime ouverte par Comarit entre les deux villes. Mais ce n’est pas suffisant. Il faudra aussi multiplier les liaisons aériennes avec les villes européennes. Elles sont de loin insuffisantes comparées à d’autres destinations.
Selon le président du CRT, l’application du PRDT aurait sans doute contribué à donner un coup de fouet au tourisme dans cette ville grâce à la mise à niveau de ses sites touristiques et à la construction de nouvelles infrastructures d’accueil. Un PDRT qui a pourtant failli être signé en 2008, mais...
M.M
www.lavieeco.com
2010-03-08
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