SIAM 2018 : ce qu’il faut en retenir
7 mai 2018
Mehdi Jaouhari (187 articles)
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SIAM 2018 : ce qu’il faut en retenir

Avec 1,025 million de personnes, la 13e édition a battu un nouveau record en termes d’affluence. Pour la filière du machinisme et les coopératives qui disposent de pôles dédiés, les ventes durant le salon représentent respectivement 30% et 80% du chiffre d’affaires annuel. En marge du salon, plusieurs conventions signées vont booster l’assurance agricole, la protection sociale des agriculteurs et l’agrégation dans la filière laitière.

Pas moins de 1,025 million de personnes ont sillonné les allées du Salon international de l’agriculture de Meknès (SIAM). «Un nouveau record qui fait suite à un flux ininterrompu de visiteurs», se félicite Jawad Chami, commissaire général du SIAM. En fait, 1711 exposants y ont participé cette année contre 1400 l’an dernier, alors que 70 pays y ont été représentés contre 64 en 2017. A cette progression du salon en termes d’attractivité s’ajoute une pléthore de conventions signées, de projets annoncés et de rencontres tenues qui viennent confirmer l’intérêt vital du SIAM pour l’agriculture au Maroc et en Afrique. Sur le plan purement commercial, le salon est un évènement stratégique pour la filière du machinisme agricole et celle des coopératives. Ceux-ci réalisent une part importante de leurs chiffres d’affaires durant le SIAM (voir encadré).

Coup de pouce à l’assurance agricole

Pour les professionnels de l’élevage bovin et équin, de l’arboriculture et de l’aviculture, la journée du mercredi 25 avril mérite d’être marquée d’une pierre blanche. La raison : trois conventions ont été signées par, d’une part, la Mutuelle agricole marocaine d’assurances (MAMDA), et trois autres acteurs du secteur agricole, d’autre part. Rappelons, en passant, que le taux de pénétration de l’assurance agricole reste en deçà des attentes et du potentiel, situation qui rend les agriculteurs plus vulnérables face aux aléas climatiques et autres risques sanitaires. Ces conventions tombent ainsi à pic car l’objectif est de faciliter l’accès à l’assurance agricole dans les filières ciblées via l’accompagnement, l’assistance et la sensibilisation des agriculteurs par les signataires.
La première concerne le secteur avicole et lie la MAMDA à la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole (FISA). En vertu de cette convention première en son genre pour une filière aussi importante que l’aviculture, la FISA s’engage à mettre en œuvre plusieurs actions, notamment assister la MAMDA lors des campagnes de sensibilisation de l’offre en produits d’assurance au profit d’aviculteurs. De son côté, l’assureur public s’engage à offrir une large palette de produits d’assurances couvrant plusieurs risques.
Suivant le même modèle, la Société royale d’encouragement du cheval (SOREC) et la compagnie d’assurance ont signé une convention pour le développement de l’assurance agricole dans la filière équine. Elle s’assigne pour objectif d’augmenter la productivité et les conditions d’élevage des chevaux et d’échanger l’expertise des deux parties dans les domaines de leurs interventions.
Liant le Groupe Crédit Agricole du Maroc (GCAM) à la MAMDA, la troisième convention quant à elle engage les deux signataires à mettre à la disposition des clients du groupe bancaire opérant dans la filière bovine et équine, ainsi que la filière arboricole, les produits d’assurance dédiés développés par la MAMDA.
Les produits d’assurance de mortalité de bétail et d’arboriculture seront proposés aux bénéficiaires de crédits pour l’acquisition du bétail et l’entretien de plantation arboricole. «C’est un grand progrès dans le cadre du PMV. Nous allons coupler le financement classique avec les frais de souscription des agriculteurs», constate Mustapha Chehhar, directeur du Pôle vert au GCAM.
Notons que ces nouvelles offres viennent enrichir deux multirisques climatiques existantes dont une première dédiée depuis 2011 aux céréales, aux oléagineux et aux légumineuses et une seconde – mise en place en 2014 – pour l’arboriculture fruitière.

20 000 agriculteurs vont être agrégés à Doukkala

De par ses objectifs, le nombre de ses bénéficiaires et les retombées escomptées pour toutes ses parties prenantes, le premier programme d’agrégation dans la filière laitière a fait l’objet de toutes les attentions lors de sa présentation. Initié par Centrale Danone en partenariat avec l’Agence de développement agricole (ADA) et le Fonds d’investissement Livelihoods, le programme «Fellah Bladi» cible plus de 20 000 exploitants dans la région de Doukkala, dont 5000 exploitants dès 2019. Doté d’une enveloppe globale de 880 MDH, ce programme doit permettre la création de 800 emplois, la formation de 4000 femmes et de faire progresser de 70% la production de Doukkala. «Il s’agit d’un exemple de partenariat public-privé qui modélise le concept d’agrégation et lui donne toute sa puissance tel que le prévoit le Plan Maroc Vert», observe le top management de Centrale Danone.
Rappel du concept : l’agrégation permet de structurer et de rendre la filière plus compétitive, de réduire l’incertitude pour les agrégés via une relation transparente avec l’agrégateur, de professionnaliser les exploitants par l’assistance technique et de mettre à niveau les équipements.
Manque de productivité, forte volatilité des coûts, probable concurrence du lait importé dans la perspective des accords de libre-échange, transition générationnelle qui fragmente davantage les exploitations, effets du changement climatique avec un impact allant de 10 à 15% durant les périodes de sécheresse…. Ce sont-là les principaux risques et contraintes que veut surmonter Fellah Bladi.
Objectifs annoncés : réduire de 30% l’intensité hydrique, augmenter le stockage du carbone dans les sols, atteindre une productivité par vache de plus de 4000l/an contre la moitié aujourd’hui, doubler les revenus des agrégés et les former ainsi qu’instaurer le recours à un outil digital dans la gestion de la production. Pour atteindre ces objectifs, Fellah Bladi compte activer six leviers dont l’équipement agricole, la formation et l’encadrement technique, formation et hubs laitiers, actions sociales, assurances et l’équipement digital.

Des agriculteurs mieux protégés

Couverture sociale ciblant 50 000 éleveurs laitiers, nouvelle offre de retraite ciblant plus de 80 000 agriculteurs de la filière sucrière…. Les agriculteurs de deux grandes filières seront désormais socialement mieux protégés. Paraphée jeudi 26 avril par la Fédération interprofessionnelle marocaine du lait (Fimalait), Saham assurance et Wafa IMA Assistance, la convention ciblant les éleveurs laitiers va profiter dans un premier temps à 50 000 d’entre eux. Pour le président de la fédération Didier Lameblin, cette convention traduit l’engagement de l’interprofession laitière aux côtés des éleveurs, ajoutant que l’objectif est de généraliser cette couverture sociale et médicale aux 450 000 éleveurs de la filière laitière.
Quant à la convention liant la Fédération interprofessionnelle marocaine du sucre (Fimasucre) et la Caisse interprofessionnelle marocaine de retraite (CIMR), elle va permettre d’activer une offre de retraite dédiée aux agrégés de la filière sucrière. Fruit d’un travail concerté entre les deux signataires, celle-ci a été signée mercredi 25 avril.

Fait important à retenir de l’édition 2018 : le ministère de l’agriculture et les professionnels ont donné le coup d’envoi à l’évaluation du PMV qui durera jusqu’aux prochaines Assises de l’agriculture, prévues en avril 2019. C’est ce qui a été annoncé à l’issue d’une table ronde qui a réuni Aziz Akhannouch et les Chambres de l’agriculture de toutes les régions du Royaume et les Fédérations interprofessionnelles. Cette réunion a porté notamment sur l’évaluation des dix ans de mise en œuvre du PMV et les pistes à suivre pour élaborer une stratégie agricole post-2020, date d’échéance du PMV. Dans une déclaration à la presse à l’issue de cette table-ronde, le président de la Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural (COMADER), Ahmed Ouayach, a affirmé que «cette réunion importante qui intervient 10ans après le lancement du PMV a permis d’établir un premier bilan de cette stratégie nationale lancée en 2008». «Tous les indicateurs sont au vert», s’est félicité Ouayach au sujet du PMV, que ce soit «en matière de production, de commercialisation, d’export, de création de richesse ou d’emploi». «Comme la première tranche de ce plan prend fin dans deux ans, nous avons examiné des pistes nouvelles pour l’après 2020 de façon à ce qu’il puisse bénéficier à tous, petits agriculteurs, filières et régions», a-t-il dit. De son côté, le ministre a précisé: «Nous voulons élaborer une vision actualisée du PMV avant l’échéance de 2020», a-t-il souligné, mettant l’accent sur les mutations du secteur, notamment en matière des nouvelles perspectives de marchés, de valorisation, d’industrialisation et des nouveaux métiers.

Erigée à la place Sahrij Souani à Meknès sur une superficie globale de 180 000 m2, dont 87 000 m2 couverte, le salon a offert à ses visiteurs neuf pôles : «Région» (12 exposants), «Institutionnels et Sponsors» (48), «International» (310), «Produits du terroir» (393), «Produits» (85), «Agrofourniture» (164), «Nature et Vie» (18), «Machinisme» (30), «Elevage» (286). Le pôle «Région» a accueilli les douze régions du Royaume qui ont présenté leurs richesses et opportunités, allant de leurs particularités géo-climatiques, à leur offre de produits du terroir, en passant par l’agrotourisme ou encore leur politique agricole. Dédié aux sponsors et partenaires du SIAM, le pôle «Institutionnels et sponsors» a regroupé quant à lui les institutions publiques et privées qui soutiennent le salon et s’impliquent dans le secteur agricole. Le pôle «International» a été réservé aux entreprises étrangères évoluant dans le secteur de l’agriculture, ainsi qu’aux organismes internationaux et des représentants des ambassades. Il donne ainsi un aperçu de ce qui se fait de nouveau en termes d’agriculture internationale et offre la possibilité de développer des partenariats internationaux. Concernant le pôle «Produits», il est considéré comme une véritable vitrine des PME et des grandes entreprises agricoles et agroalimentaires du Maroc qui viennent pour exposer la diversité de leurs produits bruts et dérivés, tel que les fruits et légumes, le lait, les boissons, les huiles, les céréales, la viande et la charcuterie, etc. Le pôle «Agrofournitures», quant à lui, englobe les secteurs liés aux intrants agricoles et aux petits équipements de production végétale, alors que le «pôle Nature et Vie» est centré autour du Haut-Commissariat aux eaux et forêts et à la lutte contre la désertification (HCEFLCD) et de ses différentes branches tout en s’intéressant aux défis environnementaux actuels. Le pôle «Elevage» constitue une vitrine de la production animale et un lieu de découverte des animaux et des espèces représentatifs de l’élevage marocain. Lieu des concours animaux, des représentations, ainsi que des shows équestres, ce pôle a permis de découvrir les plus beaux spécimens du Royaume, qui ont été choisis lors d’une première sélection régionale. Véritable salon dans le salon, le pôle machinisme regroupe de son côté un nombre impressionnant de machines et d’équipements liés à l’exploitation agricole, et a été durant les cinq jours du salon le théâtre d’une forte dynamique commerciale, où les ventes et les achats sont stimulés par des promotions spéciales, ainsi que par la grande diversité de produits proposés. Selon plusieurs professionnels, un tiers des ventes annuelles est réalisé durant le SIAM. Le pôle «Produits du terroir» a été comme d’habitude dédié à près de 500 coopératives et associations du Royaume, dont les productions ont été certifiées par des labels (AOC et IG) ou par l’ONSSA. Dans cet espace, les stands des coopératives présentant la richesse des terroirs marocains ont été littéralement pris d’assaut par les visiteurs. Ce lieu, centre d’une dynamique commerciale intense durant le salon, offre aussi un voyage à travers le Maroc par les sens, les couleurs, les odeurs, les goûts. Selon les organisateurs, le SIAM permet aux coopératives de réaliser 80% de leur chiffre d’affaires annuel.