Economie
Promotion immobilière : le terrain tout de suite, le paiement dans 4 ans
50 ha dont 20 constructibles seront proposés par l’Etat avec une
remise de 20%.
Les promoteurs disposent de quatre ans pour payer l’Etat.
Au moins 60 % de la superficie doivent être consacrés au logement
économique.

L’Etat s’est résolument engagé dans la réalisation
de sa nouvelle politique de l’habitat. A partir de la deuxième semaine
de juin, le ministère de l’Habitat lancera, en effet, des appels
à manifestation d’intérêt en direction des promoteurs
immobiliers pour la cession de terrains appartenant à des établissements
publics (Erac et autres Organismes sous tutelle), situés dans différentes
villes (Casablanca, Rabat, Meknès, Marrakech) pour la réalisation
de leurs projets immobiliers. Pour la première tranche, le ministère
de l’Habitat proposera une réserve d’une superficie globale
viabilisée de 50 ha dont 20 ha constructibles. Cette première tranche
devrait permettre la réalisation de 170 opérations ou immeubles,
construits sur des lots de terrains d’une superficie moyenne de 700 à
800 mètres carrés avec, à la clé, la production de
quelque 6 140 logements, soit environ 40 logements par opération. Selon
Abdellah Serhane, directeur des établissements publics et du partenariat
au ministère, «cette opération a pour objectif d’instaurer
un nouveau mode de production basé sur un partenariat public privé,
le premier apportant sa réserve foncière et le second son expérience
et son savoir-faire».
Une hypothèque de deuxième rang en faveur des OST
Pour donner à cette opération toutes les chances de réussite,
le ministère de l’Habitat a décidé d’offrir plusieurs
avantages inédits aux promoteurs immobiliers privés. Les organismes
sous tutelle (OST) accorderont ainsi un rabais de 20 % sur le prix au mètre
carré par rapport aux prix déjà intéressants qu’ils
pratiquent actuellement.
Les modalités de paiement seront également plus attrayantes. A ce
titre, les promoteurs bénéficiaires ne seront pas tenus de payer
immédiatement. Ils prendront possession des terrains sans avance ni paiement
partiel et disposent d’un délai maximal de quatre ans pour régler
la facture. Pour Abdellah Serhane, ce délai permettra largement au promoteur
d’achever son projet et de le commercialiser.
Néanmoins, pour éviter toute défection, le ministère
se devait de mettre en place des moyens pour sécuriser le paiement. Il
a donc prévu à cette fin d’assortir l’acte de vente
d’une hypothèque en deuxième rang sur le terrain objet de
la transaction, le premier rang étant laissé vacant au cas où
le promoteur ferait appel à un financement bancaire. En plus de l’hypothèque,
le promoteur signera également un billet à ordre et, pour les personnes
physiques, souscrira une assurance décès au profit de l’organisme
vendeur.
Au ministère de l’Habitat, tout est prêt pour le lancement
des appels à manifestation d’intérêt. « Les lots
déjà répertoriés sont des terrains de premier choix
appartenant aux établissements publics, très bien situés
et, élément important, disposant tous de titres fonciers»,
assure M. Serhane. Ces terrains sont, de plus, situés dans les grandes
villes, c’est-à-dire là où il y a une demande certaine
et solvable.
Concernant les aspects administratifs et juridiques, le dispositif est tout aussi
bien ficelé. Il concerne notamment les documents qui régiront les
transactions comme les actes de vente et les cahiers des charges.
Les terrains proposés sont bien situés, viabilisés et titrés
Les promoteurs sélectionnés signeront donc des conventions qui feront
office d’actes de vente avec les établissements publics. Parallèlement,
ils seront tenus de respecter «un cahier des charges qui est très
souple», souligne le directeur des établissements publics. En substance,
il explique que «hormis les dispositions de garantie du paiement, le principe
général est de laisser toute latitude aux promoteurs dans leurs
choix». Une seule obligation, toutefois, leur est faite : ils doivent consacrer
au moins 60% de leur projet au logement économique. Abdellah Serhane souligne,
à ce titre, que « les promoteurs qui feront plus de 60 % en logements
économiques seront privilégiés et auront plus d’avantages».
Pour le reste, ils sont libres dans le choix du standing, des matériaux
et dans la conduite de leur chantier.
Les responsables sont optimistes quant à la réussite de l’opération
en rappelant qu’elle va surtout profiter aux petits et moyens promoteurs
et aux PME liées à la promotion immobilière. A travers ces
PME, une autre population pourra en profiter de manière indirecte. On cite,
entre autres, les architectes, les ingénieurs, les topographes et les jeunes
promoteurs du secteur des BTP.
L’autre objectif de l’opération, comme le précise Abdellah
Serhane, «est de mobiliser l’épargne oisive au niveau des banques
en la réorientant vers le secteur de l’habitat pour rendre ce dernier
de plus en plus crédible et rentable» .
En 1998, dès qu’il avait pris l’Habitat en charge, le prédécesseur
de M. Hjira, Mohamed Lambarki, avait lancé une opération similaire
annoncée, elle aussi, sous le signe du partenariat public-privé.
Mais, quand il a fallu passer à l’action, les promoteurs privés
s’étaient vu proposer de la part des ERAC et autres établissements
publics des projets difficiles, des résidences en non encore achevés,
des terrains mal situés et parfois aussi non titrés... Ce fut la
grande déception et les résultats furent évidemment en deçà
des prévisions. Le ministère de l’Habitat semble aujourd’hui
avoir retenu les leçons de ce premier flop. Au ministère, on explique
que «l’opération de 1998 s’inscrivait dans le cadre particulier
de ce qui était communément appelé les 200 000 logements,
ce qui n’est pas le cas de l’opération actuelle» . Il
est ajouté que « contrairement à la première fois,
les terrains proposés cette fois-ci sont bien situés, viabilisés,
titrés et permettent aux promoteurs d’envisager des opérations
financièrement viables» . Aujourd’hui, le message du ministère
est donc on ne peut plus clair envers les promoteurs privés qui, avec tous
ces avantages, n’ont plus d’excuses pour ne pas sortir des logements
à moins de 120 000 DH
Saâd Benmansour
www.lavieeco.com
2003-06-12
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