Port de Casa : les opérateurs dénoncent une réforme sans moyens
21 décembre 2007
Mohamed Moujahid (1048 articles)
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Port de Casa : les opérateurs dénoncent une réforme sans moyens

Face aux accusations d’utilisation des aires du port comme zones de stockage, ils invoquent la lenteur des procédures.
Ils s’insurgent contre l’augmentation prévue des frais de stockage.

Un bras de fer semble engagé entre les autorités portuaires et les opérateurs économiques. Cause du conflit qui couve : le programme annoncé sous forme d’une feuille de route par le ministère de l’équipement et du transport dans le but de réduire les délais de séjour des marchandises dans le port de Casablanca. Si ce programme a été d’une manière générale bien accueilli, il n’en soulève pas moins des critiques de la part des opérateurs.

6 jours entre le pointage et l’obtention du visa
En effet, les administrations et les entités concernées (commerce et industrie, agriculture, douanes, Agence nationale des ports, Marsa Maroc, etc.) se sont engagées, chacune de son côté, sur un programme qui vise à réduire de manière substantielle le délai de séjour des conteneurs, grâce à des formalités de contrôle accélérées. De même, la période de franchise sera portée de 5 à 8 jours. En contrepartie, les frais de magasinage seront fortement augmentés. Les opérateurs ont pris acte de cette décision mais ne veulent pas être pénalisés tant que toutes les dispositions visant à faciliter l’enlèvement des conteneurs dans un temps très court ne sont pas mises en œuvre.
Pour comprendre la situation, il faut savoir que le délai moyen de séjour au port est actuellement de 13,4 jours pour les conteneurs à l’import, contre 5 jours dans les ports semblables, et de 8 jours pour l’export au lieu de 3 à 4 jours ailleurs. Cette situation se traduit pour les opérateurs par des charges supplémentaires dans la mesure où armateurs, transporteurs et agents maritimes répercutent le plus naturellement du monde sur eux les frais occasionnés par les retards. Comme ces frais vont augmenter, les importateurs, accusés à tort ou à raison d’utiliser les aires du port comme lieu de stockage, vont encore faire les frais d’un imbroglio dont ils disent ne pas être responsables.
«Il doit bien sûr exister des importateurs qui utilisent le port comme un entrepôt, mais cette idée est globalement fausse, même si le ministre de l’équipement, Karim Ghellab, et avec lui le président de la CGEM, My Hafid Elalamy, en semblent convaincus», relève l’un d’entre eux qui voit mal pourquoi un opérateur important ou exportant une marchandise la laisserait inutilisée, alors même qu’il a besoin de faire tourner son activité. Et d’invoquer les longues files de camions qui vont de l’enceinte du port jusqu’aux ruelles avoisinantes en attendant de sortir ou faire entrer un conteneur.
Pour s’en convaincre, ajoute un transitaire de la place, «il n’y a qu’à regarder comment se décompose ce délai moyen de 13,4 jours selon l’Agence nationale des ports elle-même. Entre le pointage du conteneur et l’obtention du visa, il se passe 6,1 jours en moyenne ; de là à la date de facturation, il faut encore compter 5,7 jours et 1,5 de plus pour la sortie de la marchandise du port». Il considère donc qu’il s’agit principalement d’un problème de fonctionnement à l’intérieur du port. La faiblesse de la productivité viendrait, selon un armateur, d’une défaillance grave, liée à la mise en œuvre d’une réforme entamée sans que des moyens adéquats aient été rapidement mis en place en même temps. Il cite à ce titre le manque de matériel (portiques et grues) et l’insuffisance de ressources humaines compétentes. En effet, on reconnaît volontiers auprès de l’administration que, à la base, la moyenne de déchargement des conteneurs est encore en dessous de ce qui est admis dans des ports similaires.
«Qu’on ramène d’abord les délais de séjour moyen à la normale et qu’on taxe ensuite ceux qui ne retirent pas leurs marchandises à temps. Au lieu de cela, on nous demande de nous engager sur des promesses», peste un opérateur. Très remonté, il souligne que les opérateurs «ont déjà payé plus en raison des grèves et ne veulent plus être les dindons de la farce». Le dossier est épineux et l’annonce des nouveaux investissements visant à améliorer la fluidité du port ne semble pas apaiser la colère des opérateurs qui veulent du concret et tout de suite.