PLF 2019 : le gouvernement joue la carte  de la prudence
10 septembre 2018
Mehdi Mouttalib (14 articles)
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PLF 2019 : le gouvernement joue la carte de la prudence

Quatre axes sont à retenir de la dernière lettre de cadrage. La poursuite des grandes réformes sociales en matière d’éducation, d’emploi, de santé, de protection sociale et de pouvoir d’achat en est un. Les promesses sociales du gouvernement pourront-elles être tenues ?

Donner la priorité aux politiques sociales, sans pour autant perturber les équilibres macroéconomiques. Tel est le propos de la lettre de cadrage relative au projet de Loi de finances 2019, livrée par le chef de gouvernement. En effet, le document de 22 pages articule la feuille de route autour de 4 axes principaux: la poursuite des grandes réformes sociales en matière d’éducation, d’emploi, de santé, de protection sociale et de pouvoir d’achat; le maintien des investissements dans les chantiers structurants ; la décentralisation avancée et la réforme de la justice ; la sauvegarde des indicateurs macroéconomiques. Pour Khalid Benomar, conseiller économique du chef de gouvernement, «c’est la première fois que le focus est clairement porté sur l’éducation, la santé et l’emploi. Pour 2019, il s’agira de faire un arbitrage budgétaire en faveur de ces secteurs, confirmant l’engagement socioéconomique du gouvernement». Et d’ajouter: «La refonte des CRI et le boost donné au chantier de la régionalisation avancée versent en faveur d’une mise en place d’un meilleur environnement pour l’investissement privé, avec pour objectif la création du maximum d’emplois. Ce sont les fondements de la politique gouvernementale depuis des années, et les priorités identifiées pour 2019 montrent bien que notre pays possède des acquis économiques qui lui permettent aujourd’hui de concrétiser sa vision». Ainsi, la recette budgétaire met au cœur de ses intérêts le développement économique et social en privilégiant l’efficacité. Pour autant, l’arbitrage budgétaire que Khalid Benomar évoque ne fait pas l’unanimité. Nabil Adel, économiste interpellé par le contenu de la lettre de cadrage, confie à La Vie éco que «si le contenu de la Loi de finances semble emprunter une intonation plus sociale, la réalité est tout autre. En effet, la lettre de cadrage s’inscrit dans la continuité de la politique économique menée depuis plusieurs années, donnant la priorité à la préservation des équilibres macroéconomiques – 3% de déficit budgétaire et prévision de retour à un endettement de 60% du PIB -, même si cela se fait au détriment de la croissance du PIB. Celle-ci reste extrêmement faible à 3,2%». Pour Nabil Adel, «ce niveau est insuffisant tant pour résorber le chômage, répondre aux demandes sociales que pour inscrire le pays dans la dynamique d’émergence à laquelle il aspire tant».

Engagement mesuré

Aussi, notre source s’étonne de la pertinence de l’arbitrage budgétaire en l’absence de réformes fiscales visant à élargir la base imposable et revoir les exonérations fiscales, a fortiori lorsque les recettes fiscales constituent l’une des principales ressources financières dont le gouvernement dispose. D’autant plus que la direction fortement socioéconomique qu’adopte le projet de Loi de finances 2019 nécessite davantage d’investissements, et donc de dépenses supplémentaires, afin de concrétiser et boucler les réformes annoncées. Ce que la Banque mondiale propose, d’ailleurs, de rapport en rapport. «Le niveau escompté de la croissance du PIB ne permettra pas de booster suffisamment l’économie nationale, et de générer le volume d’emplois nécessaires pour que l’impact soit réellement significatif», alerte Nabil Adel. «Ce qui retient l’attention, c’est qu’en dépit de ses marges de manœuvre budgétaires – nous sommes loin du déficit budgétaire de 7,2% de 2012 – et des demandes sociales pressantes, le gouvernement, tout en assurant qu’il y prête attention, semble prudent dans la dépense publique et veut maintenir le cap d’un déficit budgétaire à 3% du PIB. Or, si la croissance du PIB est, somme toute faible, à 3,2%, qu’il n’y a pas d’augmentation d’impôts à l’horizon et que les dépenses publiques sont contenues, les promesses sociales du gouvernement risquent de n’engager que ceux qui veulent y croire», conclut-il.