Economie

Mohamed Horani : Taxe de solidarité ! Oui, mais pour tous

Promotion de l'investissement, flexibilité du Code du travail, élargissement de l'assiette fiscale, les trois urgences que doit traiter le gouvernement, selon la CGEM. Le patron des patrons estime qu'il faut une véritable stratégie dédiée à l'industrie locale pour contrecarrer l'explosion des importations.

Mohamed HORANI CGEM

Le gouvernement vient de faire sa déclaration devant le Parlement, qu’est-ce qui a retenu votre attention ?
Je pense que le chef de l’Exécutif a tenu à faire une déclaration exhaustive. On voit clairement que c’est un compromis entre les partis de la majorité, notamment en ce qui concerne les prévisions chiffrées. L’ensemble des objectifs reflète un équilibre entre l’enthousiasme d’une formation qui n’a pas encore exercé le pouvoir et celles qui en ont déjà l’expérience. Important, la déclaration d’Abdelilah Benkirane insiste sur la reddition des comptes, mais également la nécessité de fluidifier les relations entre l’administration et les citoyens ainsi que les entreprises. Il faut bien se rendre compte qu’aujourd’hui le Maroc ne manque pas de procédures en la matière, mais elles sont tellement lourdes, verrouillées, pensées pour éviter les abus qu’elles deviennent inefficaces. Résultat : une lenteur excessive pour des démarches administratives et, justement, des abus ou des passe-droits pour contourner la lenteur.

En somme, vous y trouvez votre compte…
Sur le plan des grands principes oui. Il reste que les différents sujets ne sont pas traités avec le même niveau de détail. Est-ce par complexité de certains domaines pour lesquels donner des explications plus fines ne s’accorde pas avec une déclaration gouvernementale ? Est-ce par méconnaissance de certains sujets ?

Un taux de croissance moyen de 5,5% est prévu au cours des 5 prochaines années. Pensez-vous que ce soit faisable ?
La CGEM dans sa stratégie 2020 a recommandé un taux de croissance moyen de 6,5% au cours de la décennie qui a commencé en 2011. C’est le minimum si nous voulons répondre aux impératifs du marché de l’emploi notamment. J’espère qu’au cours des 5 prochaines années nous allons pouvoir réaliser ces 5,5% de croissance annuelle moyenne.

Vous espérez, mais pensez-vous objectivement que l’on va pouvoir y arriver ?
En 2012, cela m’étonnerait. Les incertitudes liées à l’état de l’économie mondiale et notamment européennes sont grandes et les perspectives ne sont pas réjouissantes. Mais rien ne dit que les années suivantes seront du même acabit. Il faut mettre en place des conditions de croissance.

Mais encore, ces conditions de croissance ?
On ne va pas réinventer la roue. La croissance du PIB marocain reste tirée principalement par le marché domestique, il faut développer les exportations et l’investissement. Il y a certes des plans sectoriels comme Emergence ou encore le Plan Maroc Vert qui vont monter en régime au cours des années à venir, mais ce n’est pas suffisant pour atteindre un taux de couverture satisfaisant des importations par les exportations. Les pays qui se portent bien sont à un niveau de 90%, nous en sommes très loin. Il faut créer plus de valeur ajoutée et il y a des efforts à faire en matière d’innovation. Un crédit d’impôts ou tout autre mécanisme pour les entreprises qui font de la recherche est une nécessité.

Si nous couvrons de moins en moins nos exportations c’est aussi parce que nos importations explosent…
Oui, et justement, elles augmentent trop vite et la facture pétrolière n’en est pas le seul responsable. En 2011, elle ne représente que 40% de la hausse intervenue, mais d’où viennent les 60% restants. Des achats d’équipements ? Peut-être, mais il y a également les produits finis de consommation. Il faut une véritable politique d’encouragement aux entreprises pour s’intéresser au marché local, tout comme il faut multiplier, dans le domaine des produits d’équipement, les exemples de compensation industrielle, à l’instar de ce qui a été fait avec Alstom. Il faut réduire le poids de nos importations.

Un retour au protectionnisme ?  
Absolument pas. Tout ce que je prône c’est une adaptation du tissu local aux besoins réels de l’économie. En revanche, je pense qu’il faut faire un effort en matière de protection grâce à la mise en place de normes marocaines. Est-il logique, par exemple, que le pays soit inondé de babouches en provenance d’Asie ?

Si on importe autant c’est bien parce que le consommateur y trouve son compte !
Oui, mais il y a des aberrations que nous pouvons éviter. Un exemple basique : comment expliquer que nous importions autant de beurre, de fromages, de jus et j’en passe… Nos sociétés ne peuvent-elles pas produire à coût compétitif de tels produits ? De même pour le textile où le marché local représente en valeur plus du double que ce que l’on réalise en matière d’exportations, il y a des parts de marché à prendre et il faut développer des marques locales fortes, connues. Un travail important a été fait par le gouvernement précédent en ce sens, j’espère que cet effort sera poursuivi.

Quelles seraient les urgences que devrait traiter le gouvernement aujourd’hui, selon vous ?
J’en citerais trois principales qui figurent d’ailleurs dans les propositions que nous avons faites pour le projet de Loi de finances 2012. La première a trait à l’investissement. Nous avons l’investissement public mais que fait-on pour promouvoir l’investissement privé ? On nous parle des incitations prévues par la charte de l’investissement, mais on oublie qu’il faut parfois jusqu’à 15 ans à un investisseur pour récupérer la TVA payée initialement. La TVA handicape lourdement la facture initiale d’investissement. Autre urgence à traiter, celle de la rigidité du marché du travail. On croit sécuriser l’emploi alors qu’on ne fait qu’handicaper le marché du travail. Le salarié doit être protégé contre le licenciement abusif mais le code du travail doit également permettre de la flexibilité. Les pays qui ont d’ailleurs les réglementations les plus souples sont ceux où le chômage est le moins élevé.
Enfin, troisième urgence, celle de l’élargissement de l’assiette fiscale. Plutôt que de créer de nouveaux impôts, il faut aller chercher l’argent chez ceux qui n’en paient pas ou pas assez. Il est honteux qu’une poignée d’entreprises seulement rapporte l’essentiel des recettes d’IS, tout comme il est incivique que les rentrées de l’IR soient assurées en quasi-majorité par les salariés.

En parlant d’impôts justement, le gouvernement entend remettre sur la table le fonds de solidarité imaginé par son prédécesseur…
Tel que conçu, c’est-à-dire visant à taxer les banques, assurances, télécoms… ce fonds est tout simplement une pénalisation des entreprises performantes. C’est un très mauvais signal qui serait donné aux investisseurs, car, demain, d’autres secteurs pourraient être taxés. Personnellement, tel que le schéma a été conçu, je suis contre.

Mais en période de vaches maigres pour l’Etat, la solidarité s’impose !
Elle serait même un devoir, en cas de nécessité prouvée et si elle était équitable. On veut faire payer les entreprises qui sont les plus transparentes, qui s’acquittent de leurs impôts sous prétexte qu’elles réalisent «trop» de bénéfices !

Vous seriez donc plus favorable à une sorte de participation à la solidarité nationale…
La participation à la solidarité doit être équitable, et adaptée selon les moyens de chacun. Elle doit avoir un objectif et s’inscrire dans une durée limitée et connue. Pourquoi un impôt de solidarité, que veut-on faire de cet argent et pour quelles raisons ? Je le redis, la solidarité doit être équitable.

On sent un certain attentisme dans les milieux d’affaires à l’heure actuelle, pourquoi cela ?
Les opérateurs se posent des questions. Ils attendent de voir ce que va faire le gouvernement, ce que sera la Loi de finances, comment évoluera la situation en Europe dont notre économie dépend en partie. Mais attention, nous ne sommes pas en situation d’immobilisme. Les entreprises qui ont des chantiers en cours travaillent, le business tourne, seulement certaines décisions prennent du retard. En un mot, les hommes d’affaires sont confiants mais restent très vigilants à l’heure actuelle. Ils avancent prudemment.

L’IS à taux réduit pour inciter les entreprises à sortir de l’informel ne semble pas avoir provoqué un engouement majeur…
On ne combat pas l’informel en une seule année et avec une seule mesure. Il y a une double démarche à entreprendre pour que les entreprises rejoignent le secteur formel. D’abord, une démarche pédagogique et non répressive de l’Etat consistant à sensibiliser sur l’acte citoyen qui consiste à payer ses impôts et le devoir d’assurer une protection sociale pour les employés. Ensuite, et c’est la carotte nécessaire, une fiscalité progressive accompagnée d’un package social. Il y a au Maroc environ 2 millions d’unités de production informelle. Une bonne part d’entre elles a des revenus trop faibles qui la place dans la tranche des exonérés. Au moins faisons en sorte que ces micro-entreprises soient fières d’être dans la légalité. Il faut aider ces entreprises à émerger. Imaginez que chacune en évoluant pourvoit un seul emploi de plus, ce serait ainsi 2 milions d’emplois qui seraient créés.   

Dans moins de six mois vous bouclerez vos trois ans de patron des patrons, Mohamed Horani sera-t-il candidat pour un second mandat ?
Franchement, je ne sais pas. Ça va dépendre de beaucoup de choses, notamment de mon bilan à la tête de la confédération.

Fadel Agoumi. La Vie éco
www.lavieeco.com

2012-01-31

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