Structure démographique

Maroc : On vit 28 ans de plus qu'il y a 50 ans et on se marie 7 à 9 ans plus tard

On vit en moyenne plus longtemps de 5,5 ans en milieu rural qu'en milieu urbain et les femmes vivent plus que les hommes presque deux ans de plus. De 7.2 enfants par femme on est passé à 2.19 enfants seulement : dans le monde arabe, seuls la Tunisie et le Liban font moins.

Maroc STRUCTURE DEMOGRAPHIQUE

La société marocaine, à l’instar de ce qui se produit ailleurs, subit des mutations profondes dans sa structure démographique. Aujourd’hui, on vit plus longtemps que ses parents et grands-parents, on se marie tard, on fait moins d’enfants, et lorsqu’on se décide à fonder un foyer, souvent on prend soin de préparer à l’avance un «chez-soi», faisant ainsi éclater progressivement la famille traditionnelle, nombreuse et parfois pesante, au bénéfice de la famille dite nucléaire… En somme, le Maroc est en passe de rattraper le retard qui le caractérisait dans ce domaine, il s’approche même, à grands pas, du mode de vie des pays développés et sa structure démographique se modifie en conséquence. Ce sont là, à grands traits, les caractéristiques démographiques de la population marocaine, telles qu’elles apparaissent dans l’enquête nationale démographique à passages répétés, réalisées par le Haut commissariat au plan (HCP) en 2009/2010 et dont les résultats ont été dévoilés il y a quelques semaines.
Selon les données de cette enquête, en effet, le Marocain a réalisé un gain de près de 28 ans en terme d’espérance de vie à la naissance en un peu moins d’un demi-siècle. En 1962, l’espérance de vie moyenne était de 47 ans ; elle passe aujourd’hui à 74,8 ans. Dans les villes, on peut espérer vivre jusqu’à 77,3 ans, au lieu de 57 ans en 1962, et dans les campagnes 71,7 ans au lieu de 43 ans. Quelle formidable avancée quand on pense qu’une personne de 40 ans ou même de 50 ans est aujourd’hui considérée comme étant encore jeune, alors que cinquante ans en arrière, elle était, à ces mêmes âges, au bout du parcours de la vie !


La population ne croît plus qu'à un rythme de 1.02%

Ces progrès, évidemment, ne sont pas tombés du ciel. Ils résultent de l’extension de la couverture sanitaire et de l’amélioration du niveau de vie.
Mais si les conditions de vie se sont en effet nettement améliorées, induisant une baisse de la morbidité et de la mortalité, il n’en résulte pas pour autant un accroissement conséquent de la population. Autrement dit, même si la population vit en moyenne plus longtemps que par le passé, son effectif n’augmente pas dans les mêmes proportions ; bien au contraire, il est sur une tendance baissière depuis déjà une trentaine d’années (voir évolution du taux d’accroissement de la population). De 2,5% par an dans les années 60, l’accroissement de la population marocaine n’est plus que de 1,09 % entre 2005 et 2010 et il sera de 1,02% au cours des cinq années à venir. Et selon les projections du Centre d’études et de recherches démographiques (CERED), dépendant du HCP, ce mouvement à la baisse continuera au moins jusqu’en 2030.
Les raisons de cet infléchissement à la baisse du taux d’accroissement démographique tiennent à plusieurs raisons. Il y a d’abord les transformations liées à la nuptialité, qui découlent elles-mêmes de l’évolution générale de la société. Aujourd’hui, les hommes, comme les femmes, se marient de plus en plus tard : 7,5 ans de plus pour les premiers et 9,1 ans pour les secondes par rapport à l’âge de la conjugalité en 1960 (voir graphe). Et cette entrée tardive dans la vie conjugale est encore plus accentuée dans les villes (2,5 ans plus tard que dans les campagnes). Or, il se trouve que depuis près de vingt ans (depuis 1993 exactement), le Maroc est devenu plus urbain que rural : en 2010, la population urbaine du pays représentait 57,7% de la population totale, soit 18,4 millions d’habitants sur un total estimé de 31,85 millions.
L’urbanisation, c’est connu, modifie substantiellement les comportements sociaux et sociétaux et induit des aspirations plus grandes au bien-être. Et justement, jouir de sa liberté en retardant au maximum l’âge du premier mariage est aujourd’hui perçu comme un élément du mieux-vivre, voire du savoir-vivre ! A ce facteur, il faut sans doute ajouter un autre, lié à la scolarité, de plus en plus longue.


Seulement 1.84 enfant par femme en milieu urbain

Deuxième raison de la faiblesse du taux d’accroissement de la population, la chute de la fécondité. Et cela aussi se vit comme un élément…de confort, un moyen de mieux élever des enfants en nombre réduit. Ainsi, en 2010,  la femme marocaine ne donne plus naissance qu’à 2,19 enfants vivants, au lieu de 7,2 au début des années 60. En milieu urbain, la baisse de la fécondité est encore plus prononcée (1,84 enfant par femme), se situant ainsi en-dessous du seuil de remplacement des générations (qui est de 2,1 enfants par femme). Ce mouvement baissier n’a pas épargné le monde rural puisque la fécondité y a chuté très fortement : 2,7 enfants par femme en 2010 au lieu de 6,91 enfants en 1962. Ce faisant, le Maroc, avec 2,19 enfants par femme en moyenne, se trouve, à quelques décimales près, proche de la fécondité de la femme française (2,02 enfants par femme). Dans le monde arabe, il n’ y a que le Liban (1,69 enfant par femme) et la Tunisie (2,05 enfants) qui font mieux ou pire, c’est selon !
Toutefois, et comme le note très justement le Haut commissaire au plan, Ahmed Lahlimi, cette baisse de la fécondité ne s’explique pas que par des considérations économiques ou culturelles. Elle est liée aussi à  la baisse de la mortalité infanto-juvénile. Par le passé, les couples «produisaient» quantité d’enfants en espérant en conserver quelques-uns vu les mauvaises conditions sanitaires de l’époque. Même si le Maroc a encore des progrès à faire dans ce domaine, les statistiques disponibles montrent que de notables améliorations ont été obtenues en matière de lutte contre la mortalité infanto-juvénile. De 213 ‰ au début des années 60, la mortalité infanto-juvénible (de 0 à 5 ans) est retombée à 104 ‰ en 1987 et à 36 ‰ en 2010. Autrement dit, la baisse de la mortalité se trouve, à coup sûr, «en arrière plan de la diminution de la fécondité».


5.8% des hommes et 6.7% des femmes de 50 ans sont célibataires

Enfin, signe des temps, l’institution du mariage, sans vraiment craqueler, ne semble pas trop résister aux fracas de la modernité ou de l’individualisme (souvent, les deux vont ensemble). Outre le fait que l’âge au premier mariage est de plus en plus retardé, les statistiques recensent un nombre sans cesse croissant de célibataires endurci(es). En 2010, en effet, le célibat à 50 ans touche 5,8% parmi les hommes et 6,7% parmi les femmes.
Par rapport à 1994, ces taux ont été multipliés respectivement par 2 et par…7 ! Sur les tranches d’âge inférieures, le célibat est encore plus prononcé : il atteint 28,9% des femmes âgées entre 30 et 34 ans et 42% parmi les hommes de la même tranche d’âge.
Ces évolutions démographiques,  il faut le souligner, induisent d’énormes défis pour la collectivité. Si la baisse de la fécondité permet une vie plus confortable (dans tous les sens du mots) pour les ménages et un meilleur investissement de l’effort public en direction de l’éducation, la réduction progressive des jeunes de moins de 15 ans représente un risque non négligeable pour le marché du travail et, au delà, sur les systèmes de retraite. D’autant que, parallèlement, la proportion des 60 ans et plus est en constante augmentation. Car, si l’entrée sur le marché du travail a tendance à baisser, qui paiera demain les pensions des retraités, de plus en plus nombreux et dont l’espérance de vie après la retraite ne cesse de croître ?
Il est, à cet égard, significatif de constater que si la proportion des 0-14 ans constituait 44,4% de la population en 1960, elle n’en est plus qu’à 25,5% en 2010 et ne sera plus que de 22,5% d’ici 2025. Ce déclin, en proportion aussi bien qu’en valeur absolue (puisque la population totale stagne) se fait au profit de la tranche de population des personnes 60 ans et plus : de 7,2% de la population en 1960, elles en constituent aujourd’hui 8,3% et devrait atteindre une part de 13,7% en 2025.
Après avoir été longtemps un pays d’émigration, le Maroc deviendra-t-il un jour un pays d’immigration ?




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Salah Agueniou. La Vie éco
www.lavieeco.com

2011-08-04

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