Economie
Libre-échange Maroc-USA : le doute plane toujours sur les génériques
Selon l’administration, l’exception est possible, mais pour les industriels du secteur et la société civile, l’accès au générique est compromis.
Ily a une année était créée la Coalition marocaine pour l’accès aux soins et médicaments. Regroupant une quarantaine d’associations et de syndicats œuvrant dans le domaine de la santé, cette formation avait pour objectif la défense des médicaments génériques dans le cadre de l’Accord de libre-échange (ALE) avec les USA. Son action, médiatisée au moment où on parlait des dangers de l’accord de libre-échange entre le Maroc et les Etats-Unis pour le médicament, notamment l’accès à des produits moins chers à travers les génériques, s’était essoufflée. Or cet accord est entré en vigueur le 1er janvier. Qu’en est-il aujourd’hui ?
Il faut préciser d’emblée que le Maroc n’important
pas de médicaments des USA (tous les laboratoires américains sont
présents au Maroc), l’accord ne donne pas lieu à un débat
sur les échanges ou la tarification douanière. Par contre, ses
retombées concernent davantage le cadre réglementaire et le développement
de génériques au Maroc. L’ALE avec les USA introduit en fait
trois clauses qui constituent un frein à la souplesse prévue par
l’OMC (Organisation mondiale du commerce). Celle-ci fixe la durée
de protection d’un brevet à 20 ans, certes, mais prévoit également
des clauses de sortie dans certains cas, notamment épidémies, problèmes
de santé publique ou non-disponibilité de médicaments. Ces
clauses prévoient l’autorisation d’importation parallèle
et l’obligation de fournir des licences pour la fabrication de médicaments
génériques en cas de besoin urgent. Or, l’accord signé avec
les USA interdit l’importation parallèle, la licence obligatoire
et introduit l’exclusivité puisqu’il prévoit un délai
de protection supplémentaire de cinq ans des données confidentielles
relatives à la molécule d’origine («princeps»). «Ces
dispositions désavantagent le Maroc et constituent même un danger.
L’accord étend la durée de protection du brevet - de 20 ans
selon l’OMC -, puisqu’il prévoit une protection de 5 ans pour
les données confidentielles et une protection supplémentaire de
3 ans en cas de découverte de nouvelles indications. Ce qui aboutit en
définitive à un monopole des laboratoires américains implantés
au Maroc et au maintien des prix du médicament à un niveau élevé»,
indique un membre de la Coalition marocaine pour l’accès aux soins
et aux médicaments.
La société civile s’inquiète
Tout cela se traduira, pour le Maroc, par une difficulté d’accès
aux molécules nouvelles pour faire face aux nouvelles pathologies. «Nos
malades n’auront droit qu’aux génériques de très
ancienne génération et non pas à des molécules nouvelles.
Ce qui constitue un grand danger. Si par exemple, le Maroc doit affronter la
grippe aviaire, comment pourra-t-il y faire face ? Quel traitement assurer aux
patients ?», s’interroge la société civile. Les mêmes
problèmes se posent avec d’autres maladies auxquelles fait face
le Maroc aujourd’hui, notamment les hépatites, le cancer ou le sida.
Pour le Collectif de défense et de promotion du droit au générique, «le
problème reste entier. Il y a eu mobilisation de la société civile
certes, mais on ne peut en évaluer aujourd’hui la portée.
Il faudra attendre l’application de l’accord».
Répondant à cela, à l’Office marocain pour la propriété industrielle
et commerciale (Ompic), on souligne que «le Maroc a pu garder une flexibilité pour
accéder aux génériques en cas de problème de santé».
C’est en ce sens, explique-t-on, que les deux pays ont signé une «lettre
d’entendement» permettant au Maroc, en cas d’urgence sanitaire
(épidémie par exemple), de fabriquer des génériques.
Le milieu médical et pharmaceutique, lui, reste sceptique quant à la
valeur juridique de cette lettre, qui ne serait pas opposable en cas de litige
avec un laboratoire américain.
Autre mesure pour garantir une souplesse de l’accord de libre-échange
: dans le projet de Code du médicament et de la pharmacie, on a introduit,
selon le ministère de la Santé, et plus précisément
la direction du médicament, «une disposition permettant aux laboratoires
de monter leur dossier de fabrication et de commercialisation des génériques
avant la fin de l’échéance des 20 ans de protection du brevet.
Une exception d’une grande importance car elle permet de gagner du temps
et assurer une disponibilité rapide du générique».
A qui donner raison ? Pour la coalition marocaine pour l’accès aux
soins et aux médicaments qui met en doute l’efficacité de
la lettre d’entendement (voir encadré) comme pour le Collectif de
défense et de la promotion du droit au générique, « l’Accord
de libre-échange est certes entré en vigueur, mais la vigilance
s’impose. Il faut se battre aujourd’hui afin de garantir l’accès
aux génériques à des prix abordables pour soigner les maladies
nouvelles et lourdes notamment le sida, l’hépatite et le cancer.
Et surtout, de sauvegarder la souplesse des clauses afin de favoriser un développement
du générique»
Aziza Belouas
www.lavieeco.com
2006-01-06
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