14 octobre 2005
Aziza belouas (1465 articles)
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L’Etat fait la chasse aux faux pharmaciens

Onze personnes suspectées d’avoir utilisé de faux diplômes pour obtenir une autorisation d’exercer poursuivies en justice.
Le Maroc a décidé de dépêcher une commission sur
place pour enquêter auprès des universités.

L’Etat traque les pharmaciens munis de faux diplômes. Les dossiers de onze personnes qui avaient entamé les procédures pour l’obtention d’une autorisation d’installation ont été remis au ministère de la Justice par la commission parlementaire des secteurs sociaux de la Chambre des représentants. Elles sont suspectées d’avoir présenté de faux diplômes en provenance des anciens «pays de l’Est». Ce qui leur vaut d’être poursuivis pour faux et usage de faux.

60 % des pharmaciens marocains sont diplômés des «pays de l’Est»
Ce problème a été soulevé à maintes reprises. Mais les autorités marocaines semblent décidées à mettre fin à ces pratiques, s’inspirant de l’exemple de la Syrie. En effet, ce pays souffre du même phénomène, qui a pris de l’ampleur ces derniers mois. Pour y remédier, le gouvernement syrien avait dépêché une délégation dans les pays de l’Est pour enquêter auprès des universités de pharmacie. Sur la base des conclusions de la délégation, les autorités syriennes ont opté pour une solution radicale : le retrait des diplômes, la suspension d’octroi des équivalences et enfin la soumission à un examen de tout pharmacien diplômé des pays de l’Est.
Au Maroc, on n’en est pas encore là. C’est lors d’une réunion prévue pour la fin octobre que le plan d’action sera arrêté. Mais selon des sources sûres, la décision de former une délégation composée de représentants des ministères de l’Enseignement Supérieur et de la Santé est prise. Sa mission sera d’aller sur le terrain pour tenter de cerner le circuit des manœuvres frauduleuses, notamment la falsification et l’achat de diplômes.

Les examens d’équivalence entreront en vigueur dès la fin 2005
Dans certains pays de l’Est, le régime universitaire est non adapté aux normes internationales des études de pharmacie, sachant que la plupart des universités sont privées. En Ukraine, par exemple, il y a pas moins de 79 facultés privées. Le système peut donc générer des abus, notamment l’achat ou la falsification de diplômes. De nombreux cas ont d’ailleurs été démasqués au Maroc au cours de ces dernières années. Si certains nient avoir falsifié leurs diplômes, une étudiante prise la main dans le sac avait avoué, il y a quelques années, avoir payé 4 000 dollars pour l’achat du sien.
Quelles mesures peut-on prendre alors pour mettre fin à de telles pratiques ? Selon des sources proches du dossier, le retrait des diplômes ne peut être envisagé : «Ce serait une décision politique lourde de conséquences car elle risque de bouleverser tout un secteur qui compte 8 000 pharmaciens dont 60% ont effectué leurs études dans les pays de l’Est», argumente-t-on. Le dossier doit être géré avec précaution car tous les pharmaciens ayant fait leurs études dans ces pays ne sont pas des faussaires. Si certains (généralement des étudiants ayant échoué au Maroc, en Tunisie ou encore au Sénégal) vont acheter leurs diplômes dans ces universités, d’autres ont suivi un cursus normal, validé par un diplôme en bonne et due forme remis par la faculté de pharmacie concernée.
En d’autres termes, les autorités marocaines doivent mener une enquête approfondie qui permettra de détecter les fraudes. Mais la principale mesure permettant de barrer la route aux faux diplômes sera, selon des observateurs, l’institution de l’examen d’équivalence. Le gouvernement avait bien proposé en 2002 un projet de réforme du dahir de 1960 réglementant la profession de pharmacien pour introduire ce principe. L’amendement avait suscité une levée de boucliers des parlementaires qui avaient fini par repousser l’entrée en vigueur à la fin 2005.

8 000 pharmacies et des revenus en baisse
La profession de pharmacien d’officine connaît depuis 1997 une crise qui va en s’aggravant. Alors que le nombre des pharmacies a doublé, durant ces années, pour atteindre 8 000, la consommation de médicaments (200 DH par habitant) et le CA de l’industrie pharmaceutique stagnent. Selon les estimations, la baisse du CA moyen par pharmacie avoisine les 30%. Pour parer à cette crise, les officinaux n’ont d’autre choix que de recourir à la vente à crédit ainsi qu’au transfert de pharmacies. Par ailleurs, ils réclament l’abandon de la règle du chaînage (300 m entre deux pharmacies) pour la remplacer par le principe du numerus clausus. L’installation se fera alors en fonction du nombre d’habitants.