L’ESITH veut mettre en valeur la laine marocaine
22 décembre 2016
Wiam Markhouss (330 articles)
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L’ESITH veut mettre en valeur la laine marocaine

Un budget de 12 MDH est investi dans une ligne de production de textile non tissé et une autre dédiée à l’ennoblissement. Pour rehausser la valeur ajoutée de la laine marocaine, l’ESITH a développé une technologie pour extraire des pigments naturels à partir de plantes tinctoriales marocaines. Plusieurs programmes de recherches sont en cours, notamment l’utilisation du textile pour la fertilisation des sols, dans le bâtiment et pour la production de l’énergie.

Dans le cadre du plan d’accélération industrielle, l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement (AMITH) compte créer 100000 nouveaux emplois dans les 3 prochaines années pour un chiffre d’affaires de 9 milliards de DH, dont 5 milliards à l’export. L’Ecole supérieure des industries du textile et de l’habillement (ESITH) veut accompagner cet élan économique à travers la formation, mais aussi la recherche. Son président, Mohamed Lahlou, explique la démarche.

L’AMITH compte créer 100000 emplois dans les 3 prochaines années. Comment comptez-vous accompagner la formation des ressources humaines du secteur textile ?

L’ESITH a une démarche d’anticipation des besoins du secteur en formation de compétences qualifiées. Le secteur textile a souvent embauché des ouvrières et des techniciens peu ou non qualifiés. Tout cela doit changer. Les ouvriers et les techniciens doivent être mieux formés autrement et non pas sur le tas. Pour améliorer notre compétitivité et pérenniser nos entreprises de textile, il faut aussi introduire la polyvalence chez nos ressources humaines. Les méthodes de gestion, d’amélioration des process et des conditions de travail doivent évoluer. Dans ce cadre, nous réalisons une étude pour connaître les vrais besoins des entreprises de textile. Nos experts œuvrent sur un projet d’amélioration du fonctionnement de l’entreprise, de sa gestion et de ses rendements.

L’ESITH a aussi un rôle dans l’innovation et la recherche. Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez pour le moment?

Nous avons deux centres de recherche au sein de l’école: un centre de recherche matériaux appelé Remtex et un centre de recherche logistique appelé Selog. L’école a investi plus de 12 MDH pour s’équiper d’une ligne de production de textile non tissé et d’une deuxième ligne dédiée à l’ennoblissement. En outre, un laboratoire spécial Denim est en cours de développement. L’objectif est d’accélérer la R&D et de créer de nouveaux produits, tissus et matières dans le denim. En attendant, l’équipe de recherche a choisi de travailler sur la laine marocaine qui aujourd’hui pâtit de difficultés d’utilisation surtout après l’abandon de son utilisation dans le matelas au profit de la mousse. Son prix de vente a beaucoup baissé, se situant dorénavant à 3 ou 4 DH le kilo. Vu l’épaisseur de ses fils, elle est inutilisable dans le textile. Mais elle demeure utilisée dans les tapis. Ainsi, suite à la demande du ministère de l’artisanat et de l’économie sociale et solidaire, en collaboration avec la fondation Mascir, nous avons développé une technologie pour extraire des pigments naturels (rouge, bleu et jaune) à partir de 3 plantes tinctoriales marocaines. Cela nous a permis d’obtenir la même nuance en continuité selon un procédé standard. Et par conséquent, de donner une réelle valeur ajoutée au tapis marocain qui devient dès lors écologique. Le procédé étant finalisé, le ministère de l’artisanat a enclenché le processus de formation des artisans dans les coopératives pour l’extraction et la production de ces pigments naturels.

Vous avez évoqué la mise en valeur de la laine marocaine. Existe-t-il d’autres utilisations possibles, hors tapis?

Oui, effectivement. La laine marocaine peut être utilisée comme isolant thermique et acoustique dans le bâtiment. Après traitement dans la machine dédié au non tissé, on l’utilisera comme isolant. Le produit a déjà suscité l’intérêt d’un industriel marocain. La laine isolante peut-être vendue à plus de 15 DH/kg.

Mais il y a une variété de laine marocaine compatible avec le textile que nous avons découvert lors du Salon de l’agriculture de Meknès. Cette variété, provenant d’une race de moutons originaire de Ouarzazate appelée Siroua, est dotée de caractéristiques très proches de la laine australienne et néo-zélandaise très prisée pour la finesse de ses fils. Les fils de laine extraits du mouton Siroua peuvent servir dans le tricotage et le tissage. Le projet est assez avancé. Nous avons contacté des industriels pour des essais. Le ministère de l’industrie, du commerce, de l’investissement et de l’économie numérique se penche pour sa part sur l’accompagnement des populations de la région pour développer cette race de mouton afin d’obtenir une quantité suffisante pour une production à l’échelle industrielle.

Vos recherches concernent également d’autres secteurs tels que le bâtiment, la fertilisation des sols… Pouvez-vous nous en parler ?

En effet, l’ESITH s’est penchée sur plusieurs secteurs. D’abord sur le traitement des déchets textile et des textiles usagers. Après effilochage, il est possible de les transformer en gros fils qui servent dans les mélanges et l’isolation. C’est une manière de recycler le textile en lui donnant une nouvelle vie.

Dans le secteur énergétique, le centre de recherches a développé des textiles conducteurs. A l’avenir, on pourrait envisager l’utilisation de tapis très fréquentés par les passants ou même intégrer ce textile connecté dans le bitume d’un couloir d’autoroutes afin de produire de l’électricité pour l’éclairage. Autoroutes du Maroc envisage déjà cette option.

Dans l’énergie solaire, un textile doté de cellules photovoltaïques a été élaboré. Il permet de transformer l’énergie solaire en électricité. Des textiles souples prendront ainsi la place de panneaux rigides. Ils capteront le soleil produisant ainsi de l’énergie électrique. Cette recherche est menée en collaboration avec l’Université Hassan II de Casablanca.

Dans le bâtiment, l’idée est d’associer des fibres au béton. Cela va entraîner des améliorations des caractéristiques du béton et augmentera sa déductibilité pour baisser le risque de fissures et améliorer la résistance du béton. Ce projet est réalisé en collaboration avec le Centre technique des matériaux de construction (CETEMCO).

Enfin, dans le secteur agricole, l’école s’est penchée sur l’association entre le phosphate et le textile. En partenariat avec l’Université HassanII, nous avons mené un projet d’extraction des fibres de phosphate, associés à la laine ou le coton pour produire un textile non tissé. Celui-ci va envelopper la plante et libérer les fertilisants et l’eau. Dans ce cadre, des brevets ont été déposés. Un partenariat avec l’Université Mohammed VI de Benguerir sont en cours de finalisation.