Les viandes rouges importées, un marché de niche où le kilo peut atteindre 2 500 DH !
9 février 2018
Mehdi Jaouhari (177 articles)
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Les viandes rouges importées, un marché de niche où le kilo peut atteindre 2 500 DH !

Le certificat sanitaire délivré à la Russie pour importer de la viande bovine au Maroc n’est pas la seule barrière. Seuls 2% de la demande nationale en viande rouge est satisfaite par les importations. L’Espagne, l’Argentine et l’Australie sont les principaux fournisseurs de l’hôtellerie, la restauration et les FAR.

Australie, Argentine, Espagne, France… et récemment la Russie. Les pays pouvant exporter de la viande rouge au Maroc se comptent sur le bout des doigts. Ils sont seulement une dizaine à disposer d’un certificat sanitaire, d’après la liste disponible sur le portail de l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA). C’est ce précieux document qui a été délivré le 24 janvier par l’ONSSA à l’issue d’âpres négociations avec l’autorité sanitaire russe, représentée par le Service fédéral de surveillance vétérinaire et phytosanitaire (SFSVP), ainsi qu’une mission d’audit. «Pour qu’un seul opérateur d’un pays puisse exporter ne serait-ce qu’un kilo de viande au Maroc, il lui faut un certificat sanitaire. Ce document est délivré au pays concerné après des négociations et une mission d’audit effectuée par nos équipes. La procédure peut durer plusieurs années et le certificat peut être retiré à tout moment en cas de risques sanitaires sur le pays», nous explique une source au sein de l’ONSSA. «Dans une lettre datée du 24 janvier 2018, l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires du Royaume du Maroc a annoncé la réussite des procédures d’évaluation des risques d’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) et l’ouverture du marché marocain aux livraisons de viande bovine et de produits préparés», lit-on dans le communiqué de l’autorité sanitaire russe, relayé par le journal électronique Sputnik News. Il n’en a pas fallu plus pour que l’information soit largement relayée par des médias  marocains dont certains se sont précipités à spéculer sur l’arrivée de viandes russes. Or si cet acte lève une véritable barrière devant les exportations russes de viande bovine, bien d’autres se dressent face à elles, en l’occurrence le droit d’importation fixé à 200%. C’est dire que la pénétration du marché marocain des viandes rouges n’est pas une mince affaire. Démonstration.

L’Argentine moins chère que le Maroc

Selon la Fédération interprofessionnelle des viandes rouges (FIVIAR), la production nationale couvre 98% de la demande. Autrement dit, seulement 2% de la demande est satisfaite par les viandes importées. Contactés par La Vie éco, des professionnels de la restauration et de l’industrie de la viande ont été unanimes à confirmer que les viandes importées représentent une niche. A en croire Simo Sajid, chef-propriétaire de Meson Asador et Masterchef Maroc 2015, il existe trois débouchés pour cette niche. Il y a tout d’abord les viandes bovines importées par les Forces armées royales (FAR). Ensuite celles importées par les chaînes internationales de restauration rapide, principalement McDonald’s. Enfin, il y a la viande utilisée ou vendue par les hôtels, restaurants et magasins d’épicerie fine. «Je propose dans mon restaurant des plats à base de viandes premium importées d’Australie et d’autres pays dans une fourchette de 900 à 1 600 DH le kg», indique-t-il. Un autre chef-cuisinier abonde dans le même sens.

«Une bonne partie des hôtels 5* et 4* s’approvisionnent en viandes bovines d’origine australienne ou asiatique. Parmi les viandes les plus prisées, on peut citer les viandes bovines Wagyu Beef (600 à 2500 DH le kg) ou Onyx ainsi que la viande caprine Angus qui coûtent cher également», précise Amine El Abboubi. Et d’ajouter : «L’armée marocaine s’approvisionne en viande bovine de l’Argentine à des prix moins chers que ceux proposés au Maroc». Une information que nous avons pu recouper auprès d’un gradé des FAR ayant requis l’anonymat.

Interrogés sur le degré de notoriété de la viande bovine russe, nos deux interlocuteurs confient à l’unisson qu’ils n’en ont jamais entendu parler. De même pour Bachir Khermach, un boucher professionnel ayant à son actif une expérience à l’international aux Émirats. Il fait savoir que les gros producteurs de viandes rouges sont les USA, l’Argentine, le Brésil, la Nouvelle-Zélande et plusieurs pays asiatiques.

La viande russe très peu connue

Selon les chiffres compilés par La Vie éco dans la base de données de l’Office des changes, l’Argentine s’érige en premier fournisseur du Maroc en viandes rouges. Ce pays, connu pour ravitailler l’armée marocaine, a exporté 3 617 tonnes en 2016 pour une valeur de 164,5 millions de DH, soit un prix unitaire de 45 DH. Aussi surprenant que cela puisse paraître, l’Argentine et le Brésil sont parmi les leaders du marché de la viande bovine certifiée Halal. L’Espagne -d’où proviennent la viande des restaurants McDonalds au Maroc- a exporté 2 290 tonnes pour 92,1 millions de DH, toutes viandes confondues. Pour ce qui est de l’Australie, ce pays fournit au Maroc 1 712 tonnes de viandes rouges et blanches pour 77,4 millions de DH. De petites quantités sont également importées du Brésil (343 tonnes), de France (169 tonnes) et d’Irlande (23 tonnes). Il faut également signaler que les quantités et les types de viandes importées fluctuent d’une année à l’autre. Multitudes de barrières tarifaires et non tarifaires, autosuffisance du Maroc en viandes rouges et blanches, prédominance des réseaux traditionnels de distribution, préférence des Marocains pour la viande fraîche…, ce sont là quelques-unes des raisons qui font que le marché des viandes importées demeurera un marché de niche.

La filière des viandes rouges se porte bien. Du moins en termes de volume de production, de chiffre d’affaires et de consommation qui sont en croissance soutenue ces dernières années, d’après les chiffres communiqués par la FIVIAR. En fait, les objectifs de production du premier contrat-programme 2009/2014 (450 000 tonnes) ont été largement dépassés dès 2013 en atteignant 490 000 tonnes. La consommation est passée de 11,7 kg/an/habitant en 2009 à 14,2 en 2014 pour monter encore une fois à 16 à fin 2016. Le deuxième contrat-programme 2014-2020 semble également donner un coup d’accélérateur à la filière. Du côté de la production, elle a atteint 550 000 tonnes à fin 2016, soit 90% des objectifs du CP. Quant au chiffre d’affaires, il a atteint 28 milliards de DH, soit 93% de l’objectif fixé alors qu’il était de 25 milliards en 2013.