Economie

Les conserves de poissons en baisse de 31%

La sous-activité est due à la raréfaction de la sardine, principal produit, mais aussi à la concurrence du marché de bouche et de la congélation. Les industriels réclament des autorisations pour augmenter la flotte de bateaux pouvant chercher le poisson dans des zones plus difficiles d'accès.

Poissons MAROC.

L’année 2011 est perdue pour les conserveries de poissons. Les problèmes d’approvisionnement en matières premières ont eu raison de cette industrie dont les exportations réalisées sur les dix premiers mois de l’année ont plongé de 26,15% par rapport à la même période de l’année précédente, à 3,1 milliards de DH. En volume, la chute est de 31,15%, à 75 317 tonnes. Cette évolution très défavorable est imputable à la sardine qui constitue 85% des quantités expédiées. Sur cette espèce, les industriels ont concédé une baisse de 34,89% sur le volume qui s’est établi à 64 214 tonnes contre 98 631 tonnes une année plus tôt. Les recettes générées se sont également dépréciées de 32,98%, à 1,8 milliard de DH.
La crise actuelle est due, selon l’Union nationale de la conserve de poissons (Unicop), aux aléas climatiques. En effet, l’Institut national des recherches halieutiques explique que sur un cycle de 10 ans, il y a trois années de changements et de dérégulation des températures, ce qui explique les cycles chauds qui ont marqué les trois dernières années (2008, 2009 et 2010), causant l’éloignement des sardines -l’espèce vit en principe dans une eau de 17 à 18°- au large et aux profondeurs. En revanche, le réchauffement de l’eau a été bénéfique pour les maquereaux dont les exportations ont enregistré une hausse de 13,46% en volume et 25,75% en valeur.
Tout en reconnaissant le lien de causalité entre les conditions climatiques et le niveau des captures, les industriels soulignent que la matière première, donc les sardines, est accessible, pourvu que l’on dispose des moyens nécessaires pour y accéder. «Nous avons expliqué cela au ministère des pêches à qui nous avons précisé l’utilité d’affréter des RSW, bateaux puissants permettant d’aller chercher le poisson là où il se trouve», affirme un professionnel. L’Unicop précise d’ailleurs qu’aujourd’hui quelques industriels disposant de ce type de navires s’approvisionnent régulièrement et n’ont pas souffert de la crise actuelle.
Ce faisant, les industriels ont demandé, en mai 2011, des autorisations de licences pour s’équiper en RSW et renforcer cette flotte qui en compte 7. Mais, selon l’Unicop, le ministère n’a toujours pas accédé à cette demande. Cette association présume que le ministère craint que les industriels ne se détournent des pêcheurs côtiers, alors qu’elle affirme avoir signé un engagement pour s’approvisionner auprès des bateaux traditionnels.

Le Maroc doit faire face à la montée en puissance de certains pays asiatiques

En plus de ces problèmes, les difficultés d’approvisionnement sont imputées à deux autres facteurs. D’abord, le marché de bouche est de plus en plus important parce que la sardine, poisson bon marché, est très prise par les ménages à faible pouvoir d’achat.
Estimé à la fin des années 1990 à 100 tonnes par jour, ce marché en absorbe aujourd’hui 400. Il est alimenté par les prises enregistrées dans le port de Tanger et Larache qui sont vendues dans le Nord du pays. Les sardines de Casablanca, Mohammédia et Kénitra sont écoulées sur les marchés desdites villes ainsi qu’à Fès et Meknès. Béni-Mellal et Marrakech sont, quant à elles, approvisionnées à partir d’Agadir. Seules donc les prises de Laâyoune et Dakhla sont destinées à l’industrie de la conserve. Ce qui n’est pas toujours le cas, dit-on à l’Unicop, qui dénonce également la concurrence des industries de congélation qui alimentent les industriels étrangers de la conserve ainsi que les opérateurs de la pisciculture.
En effet, plusieurs groupes implantés dans le Sud ont fait le choix de congeler leurs prises de sardines afin de les vendre à des opérateurs étrangers, principalement en Turquie, au Brésil et au Japon. Des pays qui s’adonnent de plus en plus à l’élevage du thon et du saumon. Les sardines congelées sont également vendues à des conserveries européennes (France, Espagne, Portugal) et égyptiennes.
Le choix des congélateurs est justifié par des prix entre 500 et 700 euros la tonne, contre en moyenne 400 euros proposés par les industriels locaux. Il faudra noter toutefois qu’ils ont dû faire un effort en 2011 en achetant de la sardine congelée à 5 DH le kilo afin de pouvoir honorer les contrats signés avec leurs partenaires étrangers et d’éviter des pénalités de retard de livraison.
Malgré cet effort, les industriels de plusieurs pays étrangers se sont détournés du Maroc qui subit de plus en plus la concurrence de la Thaïlande, du Vietnam, du Pérou, du Chili, de l’Indonésie et bientôt de la Chine qui a commencé à produire de la conserve de sardine. Le volume des exportations sur l’Union européenne s’est contracté de 29,28%, en comparaison avec les dix premiers mois de 2010, à 27 419 tonnes. Les expéditions en direction des pays africains, devenus les premiers clients du Maroc (en volume) pour la conserve de poisson, ont aussi baissé de 30,24%, à 35 133 tonnes.
Les industriels disent avoir besoin de 150 000 tonnes de sardines pour rattraper le retard des livraisons sans toutefois pouvoir sauver l’exercice 2011. En revanche, pour redresser le secteur au cours des années à venir, l’Unicop estime urgente la mise en place de certaines mesures qu’elle a proposées en juin dernier au ministère des pêches. Il s’agit notamment d’autoriser les RSW à céder 80% de leurs captures en poisson frais au lieu de 50%, d’activer le traitement des dossiers d’appel d’offres «appoint» (système de gestion des ressources) et d’ouvrir un deuxième appel d’offres «appoint» pour donner aux unités industrielles de la conserve des quantités supplémentaires de matières premières.

Agrégats Les capacités de traitement utilisées à 50% seulement

La branche de la conserverie compte 35 entreprises et 46 unités industrielles, dont 41 en activité. La sardine constitue, selon les années, 85 à 90% de sa production, le maquereau 7 à 12%, le thon 1% et les autres espèces 2%. Cette profession dispose d’une capacité de traitement de 700 000 tonnes utilisée à hauteur de 50%. Le coût de la sous-activité est donc très lourd pour les industriels.

En 2010,  l’Afrique, devenue premier client en volume du Maroc, a absorbé 45% des exportations, l’Europe 36,4%, le Moyen-Orient 12,4% et l’Amérique 5%.

Aziza Belouas. La Vie éco
www.lavieeco.com

2011-12-15

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