La mise en Å“uvre du schéma national de gestion des carrières s’accélère
16 décembre 2013
Younes Tantaoui (435 articles)
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La mise en Å“uvre du schéma national de gestion des carrières s’accélère

Deux régions ont déjà  leur schéma, les autres vont suivre à  partir de 2014. L’objectif est d’assurer une meilleure gestion des carrières tout en les préservant de la surexploitation. Le marché a besoin de près de 130 millions de m3 de matériaux de construction, deux fois plus que les extractions autorisées.

Le débat autour des carrières est souvent focalisé sur les agréments d’exploitation. Pourtant, la problématique du secteur s’étend aujourd’hui bien au-delà. En effet, avec l’essor qu’ont connu des domaines comme les infrastructures ou le BTP, en général, l’importance des carrières dans le paysage économique a été renforcée ces dernières années. En principe, les produits extraits des carrières sont censés couvrir une grande partie des besoins, surtout que de l’avis même des officiels, le Maroc regorge de ressources importantes. Or, dans la réalité, il n’en est rien. Actuellement, et d’après les données du ministère de l’équipement, l’ensemble des carrières en exploitation peut fournir 74 millions de m3 par an seulement de matériaux de construction pour une consommation qui dépasse 128 millions de m3. Pour combler le gap, la demande s’oriente logiquement vers l’importation et, surtout, vers l’informel. Ce dernier aurait même, selon les professionnels, gagné en importance cette dernière année en raison de l’introduction de la taxe sur le sable, qui rend l’extraction à partir des carrières moins compétitive. C’est dire l’urgence de la restructuration des carrières et qui mériterait d’aller au-delà de la réforme du système d’octroi des autorisations.
Le ministère de tutelle semble conscient de la nécessité de réformer «économiquement» ce secteur. Car en plus de la refonte en cours des textes réglementaires, un vaste programme de restructuration est enclenché. Celui-ci devrait logiquement se traduire par une optimisation de l’extraction et l’ouverture de nouvelles carrières. Il vise, entre autres objectifs, à «faire face aux besoins de plus en plus importants en matériaux de construction», comme l’explique un haut cadre du ministère.
A ce jour, le Maroc compte 1943 carrières répertoriées, dont 45% sur des terrains publics. Mais celles-ci ne sont pas toutes opérationnelles : 548 unités sont en effet soit à l’arrêt, soit complètement abandonnées. Pis encore, un tiers des carrières est exploité par des personnes physiques, ce qui pose souvent des problèmes de gestion qui ne permettent pas d’optimiser l’exploitation.
Outre l’ouverture de nouvelles carrières, le ministère souhaite surtout développer toute une chaîne industrielle autour des carrières. Selon Aziz Rabbah, ministre de l’équipement, du transport et de la logistique, «les régions où se trouve une forte activité de carrières connaîtront le développement de zones industrielles dédiées aux matériaux de construction». L’objectif est non seulement de mieux valoriser les carrières et les produits extraits, mais également de contribuer au renforcement des ressources financières des différentes collectivités locales. Et pour cause, la réglementation en vigueur fait de ce secteur l’un des principaux contributeurs aux recettes des collectivités où il existe une forte présence de carrières. Selon Othmane Mernissi, président de l’Association professionnelle marocaine des producteurs de granulats, les carrières sont soumises à une taxe communale allant de 20 à 30 DH par m3 extrait, pour les roches à usage ornemental et cosmétique, la vanadinite, le ghassoul, l’agate, le corail et pour le saphir. A cette taxe, il faut ajouter une autre, allant de 15 à 20 DH, appliquée sur les variétés de marbre. Enfin, 3 à 6 DH sont prélevés sur le sable et les roches destinés à la construction (pierre, gypse, tout-venant) et les roches destinées à un usage industriel (calcaire, argile, pouzzolane). «90% de la taxe communale va à la commune et 10% est reversé à la région», précise M.El Mernissi.
En d’autres termes, le projet de restructuration du secteur s’avère également être une aubaine pour les collectivités et de coquettes sommes leur seront versées annuellement dès lors que le projet de développement des pôles industriels sera achevé. A ce titre, un premier projet est en cours de réalisation à Benslimane. Il est considéré comme une étape pilote de tout un schéma national pour la création de pôles et centres régionaux de production et de valorisation des matériaux de construction. «Vu que la mise en place de ces pôles dans l’ensemble des régions nécessite de longs délais, il était impératif de commencer par un projet pilote, qui plus est se trouve dans une zone à forte activité de carrières», explique-t-on auprès du ministère de l’équipement.

Le démarrage du pôle de Benslimane prévu en 2016

A ce jour, la province de Benslimane compte 39 carrières autorisées à extraire 2,8 millions de m3 de matériaux par an, principalement de la pierre et du sable, alors que la capacité de production globale de la province dépasse 73 millions de m3. Selon la même source, le planning d’exécution du projet prévoit le lancement, à partir de janvier prochain, de l’étude technico-financière. Suivra l’appel à manifestation d’intérêt en mai 2014. Le démarrage effectif du pôle est prévu pour sa part pour le deuxième semestre 2016. En tout, il s’étalera sur 155 hectares et l’investissement nécessaire pour l’aménagement du site est évalué à 550 MDH. A travers ce premier pôle, l’Etat espère attirer 6 milliards de DH d’investissement industriel pour un chiffre d’affaires prévisionnel d’un milliard de DH par an. «La zone pourra abriter 300 unités pour des recettes fiscales de 300 MDH par an et un taux de rendement (TRI) de 15%», ajoute-t-on auprès du ministère.

La réflexion est menée par une commission interministérielle

C’est dire toute l’opportunité que représentent ces pôles industriels à la fois pour les collectivités locales et pour les opérateurs. Ceci dit, le développement des zones n’est pas sans risque puisqu’il pourrait engendrer un renforcement de l’exploitation massive des ressources. C’est d’ailleurs pour palier cette problématique que le ministère de tutelle a prévu, dans le cadre de la nouvelle loi, la mise en place d’un schéma de gestion des carrières à travers le Royaume. La réflexion est menée dans le cadre d’une commission interministérielle, où sont représentés l’Intérieur, l’Equipement, l’Energie et les mines ainsi que le Commerce et l’industrie. «Les conclusions seront un outil de travail pour l’administration et une banque de données et de recommandations dont le but est de faciliter la gestion de l’exploitation des carrières au niveau de chaque région», explique-t-on auprès de la tutelle. Il s’agira, entre autres, de localiser les parties de la zone qui ne doivent pas être exploitées, et de fixer la nature du réaménagement des carrières en fin d’exploitation. A ce jour, deux régions disposent déjà de ce schéma. Il s’agit de la région pilote Chaouia-Ouardigha, dont l’élaboration du schéma avait été entamée en 2012, et de la région Marrakech-Tensift -Al Haouz dont le sien a été réalisé cette année. Ces deux principales régions abritent 284 carrières.
D’après nos informations, les études relatives à l’élaboration des schémas de gestion des carrières au niveau des autres régions seront entamées en 2014. Le contrôle devrait également être renforcé et la création d’une police des carrières serait même à l’étude.