La guerre des monnaies qui fait rage n’affecte pas de manière substantielle le dirham
20 décembre 2010
Salah Agueniou (1269 articles)
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La guerre des monnaies qui fait rage n’affecte pas de manière substantielle le dirham

Son fort ancrage à  l’euro le protège des fluctuations très volatiles des autres monnaies.
Il s’est déprécié face au dollar, ce qui pénalise les importations d’énergie mais est bénéfique aux revenus des phosphates.

En dépit des déclarations de bonnes intentions annoncées lors du sommet du G20, tenu il y a quelques semaines, la guerre des monnaies continue d’agiter l’actualité économique internationale. Mais il ne s’agit pas de n’importe quelles monnaies, on s’en doute bien : cela concerne les monnaies de réserve internationales que sont principalement le dollar, l’euro et, désormais incontournable, le yuan, la devise chinoise. L’enjeu, on le sait, porte sur la compétitivité des exportations des pays de ces monnaies, et si la Chine, en l’occurrence, est accusée depuis plusieurs années de sous-évaluer volontairement sa monnaie pour conquérir toujours plus de parts de marché, les Etats-Unis ont commencé depuis le début de l’été à riposter en faisant tourner la planche à billet. Résultat : ce sont les pays de l’Union européenne qui s’inquiètent le plus de la hausse de l’euro face au dollar. Ce dernier valait en effet 1,34 dollar, mardi 14 décembre.
Dans cette bataille pour la compétitivité à l’exportation, notamment, quid du dirham ? Depuis le début de la décennie, la devise nationale est en effet fortement ancrée à l’euro (la pondération dans le panier de référence est de l’ordre de 80%), la principale monnaie de facturation des exportations et des importations.
Dans son rapport sur la politique monétaire de septembre 2010, Bank Al-Maghrib indiquait, à propos du taux de change, qu’entre le premier et le deuxième trimestre de cette année, le dirham s’est apprécié de 1,55% par rapport à l’euro. En revanche, et pour la même période, la monnaie nationale s’est dépréciée de 6,71% par rapport au dollar, de 5,23% par rapport au yen japonais et de 2,30% à la livre sterling. Les fluctuations, on le voit, sont importantes par rapport à ces monnaies, mais ceci est à lié à leur faible poids dans le panier de devises de référence auquel est rattaché le dirham. L’appréciation de ces monnaies est évidemment une bonne chose pour les exportations de phosphates, libellées en dollars, mais elle est également pénalisante pour les importations d’énergie, tout aussi libellées en dollars. La dette extérieure publique (celle du Trésor et celle garantie) contractée dans la monnaie américaine s’apprécie aussi mais sans impact majeur, car elle ne pèse que 8,6% de la dette extérieure totale. En contrepartie, ce léger «plus» généré par la dépréciation du dirham par rapport au dollar est compensé par un «gain» réalisé sur la dette libellée en euro, de loin la plus importante puisqu’elle représente 73% de la dette extérieure globale. Au total, le fort ancrage du dirham à l’euro semble pour l’instant présenter l’avantage que les variations de la monnaie unique européenne n’affecte par trop la parité du dirham.

La stabilité de la monnaie, un facteur de confiance des investisseurs

La question qui revient épisodiquement est celle de savoir si le Maroc a, ou non, intérêt à introduire plus de flexibilité dans son régime de change. Il ne semble pas exister de schéma idéal sur cette question, même si certains considèrent qu’il n’est pas sans intérêt que les choix de politique économique soient confrontés à la réalité du marché. Sauf que les perceptions du marché peuvent parfois conduire à des changements brusques, préjudiciables. L’économie marocaine, cela est connu, explique un monétariste, est en réalité de petite taille, et ses exportations, si on exclut les phosphates, demeurent très fragiles. Et ceux qui invoquent régulièrement la hausse de la parité du dirham par rapport aux monnaies des pays concurrents comme l’Egypte par exemple, «oublient que le problème des exportations est d’abord celui de l’absence d’une offre exportable suffisante et, surtout, à forte valeur ajoutée. Même le textile, dont on parle tant, reste encore une activité de sous-traitance qui dépend de la croissance externe, celle des pays de donneurs d’ordre». Un des pré-requis, sinon «le pré-requis n° 1», de la libéralisation du change, précise-t-il, c’est que «l’économie doit s’auto-entretenir et on n’en est pas là».
Malgré tout, beaucoup a déjà été fait en matière de libéralisation du compte de capital ; que ce soit pour les investissements étrangers au Maroc, ou marocains à l’étranger. C’est l’exemple des investissements marocains à l’étranger, limités aujourd’hui à 30 MDH, qui seront relevés à 50 MDH et à 100 MDH pour ceux qui se réaliseraient en Afrique.
En réalité, le dernier verrou qui reste pour la libéralisation totale de change concerne les seules personnes physiques. Mais le Maroc «ne peut prendre trop de risque sur ce sujet», confie notre interlocuteur. «La stabilité de la monnaie est aussi un élément de confiance qui rassure les investisseurs», conclut-il. Il n’empêche, et nous en faisions état dans nos éditions précédentes, l’Office des changes devrait annoncer, début 2011, une augmentation des dotations touristiques et professionnelles en devises étrangères.