Economie

La grogne des opticiens : ils ne veulent plus être de simples exécuteurs d'ordonnance


Ils estiment que le système du chaînage doit être introduit pour favoriser l'installation des professionnels dans des quartiers peu pourvus.
Le secteur souffre de l'informel : des réparateurs de lunettes font des mesures d'optométrie sans être inquiétés.

La grogne des opticiens : ils ne veulent plus être de simples exécuteurs d'ordonnance

Jours d’effervescence chez les opticiens. Le ministère de la santé vient de ressortir un vieux projet de loi, en chantier depuis 1989, pour la réglementation et l’organisation de leur profession. Certes, l’initiative est globalement saluée par les professionnels. Le Syndicat professionnel national des opticiens (SPNO) souligne notamment que l’adoption d’un nouveau texte ne peut être que positive dans la mesure où le dahir de 1954 la régissant ne réglemente pas certains aspects de cette activité, notamment le chaînage, et ne comporte aucune mesure de lutte contre le marché parallèle.
Toutefois, et c’est là que le bât blesse, les opticiens déplorent le fait qu’ils n’aient pas été associés aux discussions sur le nouveau texte alors qu’il y va de l’avenir de leur profession. Des réserves sur sa teneur, ils en ont forcément. Le SPNO ne manque pas de relever que, s’il est adopté dans sa mouture actuelle, ce projet de loi porterait atteinte aux acquis des opticiens. Par exemple, la profession dénonce la restriction du rôle et des compétences des opticiens. L’article 5 du Dahir de 1954 autorise les opticiens à faire «l’examen subjectif de la vue appelée aussi l’optimétrie». Ce qui revient à dire que si les opticiens sont habilités à prendre la mesure de la vue, ils ne peuvent se baser sur cet acte pour une décision quelconque. Ils ne sont que des exécutants des ordonnances délivrées par les ophtalmologues. Et la législation en projet n’a rien changé dans ce domaine. Elle ne permet pas aux opticiens d’identifier les besoins des patients et de leur donner l’appareillage de vue adéquat. «Si le texte est voté en l’état, il ne pourrait que tirer la profession vers le bas et ne permettrait pas à l’opticien qui a suivi une formation spécifique d’exercer son métier comme il se doit», commente un professionnel basé à Casablanca.

600 réparateurs de lunettes menacés

Aujourd’hui, le secteur compte 2 100 opticiens essentiellement concentrés, à l’instar des médecins et autres pharmaciens, sur l’axe Casablanca-Rabat-Kénitra. Dans certaines autres petites villes, ils proposent, en l’absence d’ophtalmologues, des services à une population qui, le plus souvent, n’a pas les moyens de se faire consulter d’abord par un médecin spécialiste des maladies oculaires. Si la restriction des compétences est maintenue dans le nouveau texte, un large pan de la population sera privé de ces soins, selon un opticien de Rabat. Le syndicat tire la sonnette d’alarme et estime que la participation de la profession à l’élaboration de ce nouveau texte est souhaitable car elle permettra aux pouvoirs publics d’avoir un éclairage sur la réalité du secteur.
Un secteur qui souffre également d’un autre type de problème, celui de l’informel. En ce sens, les apports du nouveau projet de loi devraient, dans ce cas, s’avérer bénéfiques pour la profession. Selon les opticiens, il interdira d’exercer à quelque 600 «réparateurs de lunettes» qui, actuellement, sous couvert d’une activité purement mécanique, pratiquent dans l’illégalité des actes d’opticien en effectuant des mesures d’optométrie et en se transformant même en prescripteurs et vendeurs ensuite.
Ces réparateurs effectuent aujourd’hui les mesures d’acuité visuelle et leurs prestations sont remboursées par les compagnies d’assurance ainsi que les mutuelles alors qu’ils n’ont pas de qualification académique. Le texte disposera, dès son entrée en vigueur, qu’il sera procédé au retrait, dans le but d’assainir le secteur, des autorisations accordées à ces réparateurs par les communes. Ne pourront alors exercer le métier d’opticien que les personnes ayant un diplôme et une autorisation d’installation délivrée par le Secrétariat général du gouvernement (SGG). A ce propos, le syndicat des opticiens suggère que seuls soient remboursés les dossiers dûment remplis et cachetés par les opticiens diplômés répertoriés sur une liste qui peut-être mise à la disposition des assureurs et des mutuelles. Cette liste est actuellement disponible au SGG.

Le chiffre d'affaires moyen quotidien peut atteindre 20 000 DH

Reste la mise en place d’un chaînage à l’instar de ce qui est fait pour le secteur des pharmaciens (300 m à vol d’oiseau). Actuellement, les installations n’obéissent à aucune condition si ce n’est l’exigence du diplôme. Le projet de loi doit apporter, selon le syndicat des opticiens, des solutions à ces problèmes en vue d’assainir le secteur et de réduire la concentration des opticiens, d’autant plus que 60 nouveaux opticiens arrivent sur le marché chaque année. Mais malgré la concentration dans certaines villes et même dans certains quartiers, les professionnels estiment qu’il y encore de la place pour d’autres installations, particulièrement dans les quartiers populaires, en raison de la demande qui est certes plus importante dans les zones huppées. Les opticiens réalisent aujourd’hui un chiffre d’affaires journalier moyen de 20 000 DH.

FRAUDE : Prête-moi ton diplôme



Le manque de contrôle du secteur a ouvert la porte a plusieurs abus. En dehors des réparateurs qui effectuent, en toute illégalité, des mesures d'optométrie, on trouve aussi le cas de ceux qui sont officiellement installés en tant qu'opticiens sans cependant avoir de diplôme. L'explication réside dans le fait que des détenteurs de diplôme peu scrupuleux ont obtenu l'autorisation d'exercer en leur nom mais ils n'exercent pas réellement le métier, laissant d'autres non diplômés profiter de la manne.
Chez la profession, on cite notamment le cas d'un opticien qui a décroché un contrat de travail à l'étranger alors que son magasin d'optique est toujours en activité et tenu par un non diplômé.


A.B
www.lavieeco.com

2010-03-08

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