Economie

La déferlante des produits égyptiens ! Les importations ont plus que doublé en cinq ans


Elles sont passées de 1,4 milliard de DH en 2005 à plus de 3 milliards de DH en 2009.
Aluminium, acier, matières plastiques, réfrigérateurs, papiers... sont les principaux produits.
Les exportations marocaines gênées par une compétitivité défavorable.

La déferlante des produits égyptiens ! Les importations ont plus que doublé en cinq ans

L’information a largement circulé il y a quelques jours. Des importations de riz égyptien auraient été bloquées au port de Casablanca et d’Agadir. Certains l’ont interprété comme un blocage et une atteinte aux accords de libre-échange d’Agadir, alors que d’autres y ont vu une riposte à l’invasion de produits égyptiens. Rien de tout cela. Le jour même de la parution de l’information, les importateurs concernés avaient déjà finalisé les formalités auprès des services de la douane. Le lendemain, ils ont enlevé leurs marchandises et tout est rentré dans l’ordre.
Il ne s’agit, comme le précisent des sources proches de la douane, que de procédures ordinaires. «Ce sont trois opérations qui portaient sur une importation totale de 400 tonnes de riz égyptien pour lesquelles nous devions procéder à des opérations de vérification de plusieurs pièces dont les justificatifs relatifs à la règle d’origine, une condition obligatoire stipulée dans les accords de libre-échange d’Agadir», souligne-t-on chez les douaniers. Une formalité routinière à laquelle recourent les services de la douane vis-à-vis de tous les importateurs quelle que soit la provenance de la marchandise d’ailleurs. Sauf que «cela fait l’objet de plus de complications quand il s’agit des importations en provenance des pays arabes», note un transitaire. Il est vrai que depuis l’entrée en vigueur de l’Accord d’Agadir, en 2004, les opérations d’importation bilatérales sont observées avec attention par les opérateurs économiques des pays concernés (importateurs, exportateurs et surtout producteurs nationaux). De temps à autre, des polémiques surgissent à propos des blocages déguisés de part et d’autre. En témoignent les affaires de la Logan «marocaine» en Egypte et en Tunisie, et, du côté marocain, les bus égyptiens et les réfrigérateurs «jordaniens».  

Les importations ont stagné en 2009

Pour le Maroc, c’est avec l’Egypte que cette vigilance s’accentue en raison du poids économique de ce partenaire commercial. Les importations en provenance de ce pays ont explosé en l’espace de quatre ans. En 2009, elles se sont élevées à un peu plus de 3 milliards de DH. Et si elles sont en stagnation par rapport à l’année d’avant, elles ont cependant bondi de 72% par rapport à 2006 et ont plus que doublé comparativement à 2005 (1,4 milliard de DH). Les ventes de la Logan ont eu beau doper les exportations marocaines au cours de l’année écoulée, le déficit commercial vis-à-vis du concurrent et néanmoins partenaire demeure conséquent : un peu plus de 2,1 milliards de DH.
Il faut dire que les opérateurs égyptiens se sont montrés plus entreprenants que leurs homologues marocains. Contrairement à l’idée répandue selon laquelle les Egyptiens inondent notre marché en produits agricoles, coton et riz en l’occurrence, en valeur, nos importations en provenance du pays des Pharaons sont composées essentiellement de produits industriels. Les plus performants sont les barres, tôles, feuilles, et tubes en aluminium, les matières plastiques artificielles, et les fils, barres, planches, profilés en fer et acier dont les ventes au Maroc ont explosé ces dernières années avec respectivement 271 MDH, 187 MDH et 97 MDH en 2009. A cela s’ajoutent les importations de papier fini et ouvrages en papier (214 MDH), de réfrigérateurs domestiques (89 MDH), de papiers et cartons (85 MDH), de graines et fruits oléagineux (84 MDH) et de produits de parfumerie (76 MDH).

Certains opérateurs marocains veulent réaliser des marges trop importantes

Ces produits égyptiens ont la cote au Maroc pour la simple raison qu’ils coûtent moins cher que les produits locaux. Bien qu’ils s’acquittent de charges supplémentaires comme les frais de transport et les deux autres composantes des droits de douane (la TIC et la TVA sur l’importation).
Deux facteurs expliquent ce prix abordable. On peut bien invoquer des subventions réelles ou supposées, mais le facteur le plus significatif tient au degré d’intégration de l’industrie locale. «Les industriels égyptiens sont souvent des producteurs des intrants utilisés dans le processus de fabrication, contrairement à leurs concurrents marocains qui recourent à l’étranger pour s’en approvisionner, d’où le coût supplémentaire qui grève leur production», indique un professionnel. C’est le cas des trois grands fabricants marocains de profilé d’aluminium dont l’activité se limite à l’opération d’extrusion ; et pour cela ils doivent importer la billette non produite au Maroc.
Et ce n’est pas tout. Un autre élément affecte les concurrents marocains. Il est lié à la stratégie commerciale des opérateurs nationaux : leur marge bénéficiaire est jugée «trop importante» par rapport à ce qui est appliqué sous d’autres cieux. Un importateur cite par exemple le secteur de la métallurgie où, en comparaison avec l’Espagne, la marge à la tonne vendue est 40 fois moindre que celle réalisée par l’industrie locale, sur certains produits. Un facteur qui peut trouver son explication dans le fait que les capacités de production locales étant limitées, la production à toutes les chances d’être écoulée, ce qui favorise des prix élevés. En tout état de cause, il n’est pas sûr qu’une réduction de marge permette de renverser la vapeur vis-à-vis de l’Egypte, du moins en ce qui concerne les produits sur lesquels ce pays est imbattable.

FOCUS : Logan, papier et poisson...



Grâce aux exportations de la Logan, le Maroc a réduit le déficit de sa balance commerciale vis-à-vis de l'Egypte. Sur les 861 MDH réalisés sur le marché égyptien en 2009 (contre 372 seulement en 2008), la filiale de Renault, dont une grande partie est assemblée dans les usines du groupe à Casablanca, a facturé pour un peu plus de 361 MDH. Le Royaume a amélioré également ses exportations vers ce pays arabe par le biais des ventes de la pâte à papier (49,6 MDH). Suivie de la farine de poissons (31 MDH) et des poissons frais, salés, séchés ou fumés (30 MDH). Par contre, les ventes de ferraille, déchets, débris de fonte, fer et acier ont été nulles en 2009 alors qu'elles s'élevaient à près de 53 MDH, un an auparavant. Cela est dû, essentiellement, à l'instauration par les pouvoirs publics d'une licence à l'importation ou à l'exportation de ce produit.


H.C
www.lavieeco.com

2010-03-08

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