Jamal Belahrach, l’électron libre
6 juillet 2018
Imane Azmi (14 articles)
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Jamal Belahrach, l’électron libre

Il est l’un des experts les plus actifs dans le domaine des ressources humaines au Maroc. Aujourd’hui associé de BDO Maroc, Jamal Belahrach a réduit son champ d’action mais maintient ses ambitions pour son pays. Après un passage par le Groupe OCP en tant que DG adjoint, il renoue avec le privé.

«Je suis aujourd’hui un homme en plein questionnements, mais qui continue à batailler, qui a l’impression d’être le Sisyphe local». Un désabusé, mais Jamal Belahrach, expert en ressources humaines, connu pour être à la base de l’arrivée de Manpower –dont il a dirigé la direction Maghreb et Outre-mer– au Maroc et très actif dans tout ce qui touche à l’emploi, n’a pas perdu de sa verve. «J’ai 55 ans après 21 ans de ma vie passés au Maroc, qu’en reste-t-il ? D’abord un homme qui a beaucoup appris, au contact de son pays et de ses équipes, qui a beaucoup appris sur lui-même, mais qui, à présent, a plus de questions que de réponses», explique-t-il. Puis son optimisme légendaire refait surface : «Je ne veux sombrer ni dans le populisme ni dans la démagogie ambiants et encore moins dans le catastrophisme». Nous voilà rassurés !

En février 2016, Jamal Belahrach est nommé directeur général adjoint en charge du capital humain, de la communication et du développement durable du groupe OCP. Vers le mois de décembre de la même année, il quitte ses fonctions. «Durant mon existence, j’ai vécu autant d’expériences heureuses que malheureuses. Pour ce qui est de mon passage à l’OCP, il est heureux que mes compétences n’aient pas été remises en cause. D’ailleurs, j’entretenais d’excellentes relations avec le président Mustapha Terrab», précise-t-il. Et de poursuivre: «J’ai compris que les environnements sont importants à considérer avant de prendre une décision, et ce, en fonction du caractère et de la personnalité». Et de conclure: «Je n’avais pas compris les codes. Au Maroc, les codes sont vitaux dans les grandes institutions publiques. C’est peut-être dû à mon caractère et mon éducation de bi-national».

Après le court épisode OCP, l’idée même de quitter le pays l’avait effleuré. «Mais après coup, la lucidité est revenue. Et on se dit, ce sont tout de même 20 années d’investissement et d’implication dans des projets. J’avais accepté ce poste à l’OCP pour servir mon pays .Comme quand j’ai pris la décision de rentrer au Maroc en 1997, c’était pour servir mon pays. Cela ne s’est pas fait. Point. Je ne veux pas vivre dans les regrets. Je me suis remobilisé et j’ai donc monté mon cabinet», explique-t-il.

Jamal Belahrach se remet donc à son propre compte en septembre 2017. Un juste retour aux sources pour cet homme venant du privé.
En janvier 2018, il s’associe au cabinet BDO, 5e cabinet mondial. «Cette association me donnait l’opportunité d’accéder rapidement à une échelle internationale». Il s’y occupe notamment du lancement d’une nouvelle division, celle du conseil afin de développer de nouveaux métiers comme le conseil en stratégie, en ressources humaines et en transformation digitale. «Le deuxième volet de mon activité est lié à la direction générale dans BDO Maroc pour accompagner le développement du business du cabinet localement et en Afrique», précise-t-il.

Il consacre son énergie à la transformation des organisations

Jamal Belahrach souligne que pour les années à venir son «combat business est de mettre la transformation des organisations et des hommes sur la scène publique». Une lutte qui va de pair avec la transformation digitale. «Après 20 ans dans les RH, je veux vulgariser la thématique de la transformation des organisations en particulier dans le digital au Maroc. Je mettrais toute mon énergie sur cette thématique, et ce, dans l’intérêt de nos entreprises et de notre économie».

Pour lui, il y a urgence. «Si l’on ne veut pas succomber à une dictature digitale (notamment celle des réseaux sociaux), il faut que les parties prenantes, surtout les politiques, sentent qu’il y a urgence d’une transformation systémique», insiste-t-il. Un tel changement ne peut s’opérer «que si nos acteurs deviennent créateurs de sens, comme en entreprise, quand il s’agit de donner du sens aux collaborateurs autour d’un projet commun à dimension nationale», dit-il.

Et le voilà de nouveau qui fait feu de tout bois. «Ma signature, c’est de continuer le combat en réduisant mon champ d’action. Je ne veux pas mourir comme Sisyphe, écrasé sous le rocher !».

Jamal Belarach travaille sur un nouveau livre. A l’instar d’«Envie de Maroc» (édition le Fennec), publié en 2010, dans lequel il met à plat «l’incompréhension montante par rapport aux Marocains de la diaspora», son deuxième ouvrage se nourrira également de son cheminement personnel. «J’ai acquis encore plus de maturité avec tous les événements que j’ai vécus, ceci m’amène à voir le Maroc autrement», explique-t-il. Et d’ajouter que «pour moi écrire, c’est aussi le courage de dire ! Et de rester vivant». Il tentera de «comprendre pourquoi certaines choses évidentes ne le sont pas dans notre pays». Et il donne les exemples de l’irrespect de certaines obligations comme celle faite aux piétons de traverser la chaussée au passage piéton ou encore celle des chefs d’entreprises de payer les cotisations sociales à la CNSS ou les impôts auprès de l’administration fiscale. «Aujourd’hui, le chacun pour soi a transcendé l’intérêt général. C’est donc un problème pour le vivre en société. Et le monde de demain ne peut pas se faire sur la base de l’individualisme ! Nous devons impérativement passer du «Je» au «Nous»», conclut-il. A suivre.