Investissements : El Jadida joue dans la cour des grands
2 juillet 2013
Reda Harmak (1115 articles)
Partager

Investissements : El Jadida joue dans la cour des grands

Le montant des investissements enregistrés par le CRI d’El Jadida au premier trimestre 2013 totalise 5.2 milliards de DH, en hausse de 148% par rapport à  2012. La province pèse déjà  20% des exportations et 10% de la production industrielle du Maroc.

On a beau suivre l’actualité des grands projets dans la région d’El Jadida, il faut les voir de près pour prendre la mesure de leur caractère impressionnant. En empruntant la route régionale 301 (RR301) qui relie les zones résidentielles et balnéaires à Jorf Lasfar, cœur industriel battant de la région Doukkala-Abda, le calme cède progressivement la place à l’agitation suscitée par un trafic intense de véhicules de différents calibres : poids lourds tractant des équipements industriels imposants, camions de transport de marchandises, véhicules utilitaires… «Cet axe peut voir défiler jusqu’à 9 000 véhicules par jour», précise un responsable local. Et c’est à dessein que les autorités ont initié un projet de dédoublement de cette voie. Le montage financier est bouclé, reste à lancer les travaux. En attendant, des ouvriers planchent en ce début d’après-midi de lundi sur la réfection des portions les plus dégradées de la route.

Arrivé au niveau du port de Jorf Lasfar, l’échelle change brutalement. Il s’agit après tout du plus grand port minéralier d’Afrique. En plus de son animation habituelle, la structure semble en plein chantier : le port s’agrandit de toutes parts. Une nouvelle digue en construction permettra d’offrir les installations nécessaires au traitement des produits pétroliers. Dans la foulée, de nouveaux terminaux à conteneurs et méthaniers pourraient voir le jour. Anticipant ces extensions, des opérateurs s’alignent déjà pour prendre leurs quartiers à proximité du port : Inov Petrole, Petromin Oils… Autant de nouveaux arrivants qui donnent le sourire à Rabii Roh Essalam, directeur du Centre régional d’investissement (CRI) d’El Jadida qui coiffe la ville avec ses deux centres satellites, Azemmour et Moulay Abdellah-Jorf Lasfar. Il convient de préciser que cette administration ne fait pas partie de la liste des 16 CRI régionaux créés initialement, mais a été constituée par nécessité en tant que branche du CRI de Doukkala-Abda, ce qui en fait une exception nationale. La structure affiche des indicateurs impressionnants pour le premier trimestre 2013 : un peu plus de 5,2 milliards de DH d’investissements drainés à travers une vingtaine de projets répartis entre les secteurs de l’industrie, l’énergie, le tourisme, le BTP et les services. Ce flux est en croissance de 148% par rapport à la même période de 2012 qui avait elle-même été un bon cru. En fait, depuis 3 ans, les investissements semblent s’enchaîner à un rythme effréné à El Jadida : près de 27 milliards de DH captés en 2010, 28 milliards de DH en 2011 et 34 milliards de DH pour 2012, alors qu’on en était encore à un peu moins de 6 milliards de DH en 2009.  

Le port, lieu de prédilection des gros projets

Juste après le port, une grande structure est aussi en plein chantier : la centrale thermique de JLEC, filiale du groupe émirati Taqa. En plus des 4 unités de production opérationnelles du site, deux autres devraient entrer en fonction respectivement fin 2013 et courant 2014. Là n’est pas la seule actualité du secteur énergétique de la région puisqu’un projet de parc éolien est en gestation. «Des investisseurs hollandais ont lancé les études relatives à l’installation d’un parc de production d’énergie éolienne sur un site prometteur au sud d’El Jadida», apprend-on auprès des officiels. C’est que la région qui pèse actuellement 44% de la production nationale d’électricité doit monter à 60% à l’horizon 2020 selon la stratégie énergétique nationale.

L’OCP boucle la boucle des méga chantiers avec son Jorf Phosphate Hub qui avance à grands pas. Le complexe s’étend déjà à perte de vue avec trois usines de production d’engrais réalisées jusqu’à présent en plus des installations existantes. Quand on sait que 7 autres unités devraient être construites d’ici 2019 pour un investissement de 63,5 milliards de DH, on a du mal à imaginer la dimension du résultat final. Sans compter tous les équipements annexes prévus, dont un pipeline qui entrera en service avant la fin de l’année pour transporter le phosphate des mines de Khouribga à Jorf Lasfar. De quoi donner un coup d’accélérateur à l’industrie régionale de la chimie-parachimie qui compte déjà une cinquantaine d’entreprises, entre autres spécialisées dans les produits pharmaceutiques (Pfizer, Genpharma…) ou les détergents actuellement en développement, totalisant une production évaluée à 28,3 milliards de DH.

Un parc industriel pour résoudre les problèmes de foncier

Plus globalement, les projets d’ampleur cités précédemment pavent le chemin à une multitude de sous-traitants tels le groupe sud-coréen Daewoo, le turc Tekfen ou encore le français Mersen qui ont déjà pris leurs quartiers à Jorf Lasfar, et qui sont en train d’étudier des projets d’extension. Sans doute pour offrir des conditions optimales à ces investisseurs et pour en capter d’autres, un parc industriel a été ouvert depuis 2010 par l’aménageur MedZ, filiale de la CDG, surtout que le foncier connaît une flambée dans la zone (les terrains négociés auprès des particuliers atteignent actuellement jusqu’à 1 500 DH le m2).

Sonasid, implantée au niveau de Jorf Lasfar depuis 2002, a sécurisé du foncier au niveau du parc pour une prochaine extension. Au passage, l’industrie mécanique et métallurgique de la région qui compte 53 entreprises avec une production de 3,6 milliards de DH devrait encore s’élargir dans les prochains mois avec l’arrivée d’un opérateur de taille dont les officiels préfèrent encore taire le nom. Par contre, celle de Bontaz Centre est connue de tous. Cet équipementier automobile va investir 204,5 MDH dans une usine en cours de construction dans le parc industriel.

Cependant, l’impression qui se dégage en parcourant le parc est que les parcelles vides sont bien plus nombreuses que les occupées. Mais il ne faut pas s’y tromper, la première tranche du parc totalisant 240 hectares pour un investissement de 5 milliards de DH a déjà été commercialisée à plus de 71% (les lots de terrain équipés de 3 000 à 200 000 m2 sont vendus de 400 à 500 DH le m2). «Simplement, avec toutes les démarches administratives à accomplir, l’implantation peut prendre du temps», expliquent les officiels. L’on imagine aussi que la crise a plus ou moins perturbé les programmes d’installation. N’empêche que MedZ commence déjà à être sollicitée par des entreprises pour la deuxième tranche du parc, actuellement en phase de pré-commercialisation, qui porte sur 260 hectares. Une chose est sûre, en s’attirant les faveurs des plus grands groupes, on monte vite. Avec un effectif de seulement 172 entreprises, soit tout juste 2,14% du total national, la province d’El Jadida génère déjà 20% des exportations et 10% de la production nationale.