Crédit documentaire : la lenteur des banques  pointée du doigt
28 octobre 2014
Naoufel Darif (843 articles)
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Crédit documentaire : la lenteur des banques pointée du doigt

La non-réactivité des banques provient du manque d’effectifs, de la non-maîtrise des textes en vigueur et de la sensibilité des opérations à  dénouer. Les banquiers affirment que parfois les allers-retours entre le siège et les agences sont indispensables pour dénouer une opération.

C’est presque commun à toutes les banques de la place. Le dénouement des opérations à l’international accuse souvent du retard. Selon plusieurs importateurs et acteurs du secteur maritime, les établissements bancaires manquent de diligence dans la prise en charge des opérations d’import effectuées par crédit documentaire. Sachant qu’environ 80% des transactions sont payées via ce mécanisme, «les efforts déployés pour raccourcir au maximum les délais portuaires butent sur la non-réactivité des départements “Etranger” des banques», confie un commissionnaire maritime. Ceci est d’autant plus interpellant que les frais d’immobilisations des conteneurs (surestaries) ne cessent d’augmenter.

Des importateurs indiquent devoir attendre parfois des semaines, voire un à deux mois, pour pouvoir enlever leurs marchandises du port. «C’est notamment le cas lorsque le jeu de documents convenus entre le client et le fournisseur étranger et repris sur les termes du Crédoc ne parvient pas en entier à la banque», explique un opérateur. Il ajoute que celle-ci doit en principe revenir à la charge très prestement pour épargner à son client d’autres frais et les éventuelles répercussions sur l’activité (rupture de stock, perte de marchés…).

Les agences sont frileuses face  aux opérations non récurrentes

Selon un freight forwarder qui agit pour le compte de ses clients, rien que les fameuses levées de réserves, qui peuvent se faire moyennant un simple Swift via système connecté à la banque correspondante, attendent souvent des jours avant d’être dénouées. Ceci sans parler des cas plus ou moins complexes qui font appel, en plus des connaissances des textes en vigueur, à un effort d’analyse et d’interprétation de la part des agents des départements de l’international. Ces derniers, comme le confie un responsable de département dans une banque de la place, travaillent souvent avec un effectif réduit vu la quantité d’opérations à traiter, de la nécessité de tenir des reportings quotidiens à remplir sur systèmes et du caractère pointu et sensible des tâches (une opération mal prise en charge ou mal exécutée peut mettre la banque en porte-à-faux avec la réglementation et l’exposer à des sanctions de l’Office de changes).

Dans le même sens, un directeur de banque explique que, dans les agences, les employés redoutent de se prononcer sur une opération, notamment les moins récurrentes, et préfèrent s’en tenir à la décision du back-office. Ce qui explique les retards occasionnés par les allers-retours entre l’agence et le siège. «Il existe même quelques banques qui ôtent tout pouvoir de décision au réseau sur un petit problème qui a trait à l’international», souligne-t-il.