Economie

Contrat programme logistique : les opérateurs privés craignent d'être phagocytés par leurs concurrents publics


La constitution d'un GIE par les grands opérateurs publics est perçue comme une menace de monopole.
Le secteur privé réclame de pouvoir créer aussi des zones logistiques en dehors de celles qui sont spécifiées dans le contrat programme.

Contrat programme logistique : les opérateurs privés craignent d'être phagocytés par leurs concurrents publics

Le contrat programme logistique qui devrait incessamment être signé entre la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) et le gouvernement et dont La Vie éco avait publié, en exclusivité, les détails dans son édition du 22 janvier dernier (www.lavieeco.com) attendra visiblement quelques semaines de plus. C’est que les entreprises privées expriment quelques réserves par rapport à des dispositions, et non des moindres, de ce contrat. Mardi 2 mars, d’ailleurs, des opérateurs de la logistique, des transporteurs et des industriels se sont réunis au siège de la confédération, dans le cadre de la Commission logistique, pour débattre de ces points de discorde qui, par ailleurs, ont été l’objet d’un courrier adressé, il y a quelques jours, par la CGEM au ministère de l’équipement et du transport. Ces divergences objets d’amendements proposés par la CGEM concernent en premier l’accès au foncier. Les opérateurs privés estiment que les réserves identifiées dans le projet de contrat programme appartiennent pour une grande part (90%) à l’Etat et sont destinées aux opérateurs publics, en l’occurrence la Société nationale de transport et de logistique (SNTL), l’Office national des chemins de fer (ONCF), la Caisse de dépôt et de gestion (CDG) et l’Agence nationale des ports (ANP). De ce fait, les opérateurs privés seront obligés de passer par ces derniers pour le traitement de leur fret. Ce qui est de nature à fausser le jeu de la concurrence et donc la compétitivité du secteur privé.
La crainte est d’autant plus légitime, explique un opérateur de la place, que le contrat programme prévoit la constitution d’un groupement d’intérêt économique (GIE) par les opérateurs publics au niveau de la zone logistique de Zénata à Casablanca. «On se dirige tout droit vers la formation d’un monopole, alors que l’esprit du contrat programme est d’encourager l’émergence d’opérateurs privés nationaux de taille», déplore-t-il. Ceci sans parler du fait que les entreprises privées ne sont pas très présentes à proximité de la zone de Zénata, ce qui se traduirait à terme par des charges supplémentaires.
Pour prémunir le secteur privé contre un tel risque, la CGEM souhaite que le secteur privé qu’elle représente soit associé à la gouvernance de ce GIE et dispose de 50% des droits de vote. Une doléance qui sera difficile à satisfaire. En second lieu, la CGEM voit d’un mauvais œil l’interdiction de zones logistiques en dehors de celles qui sont identifiées et définies par ce même contrat programme. Elle estime que les opérateurs privés doivent être autorisés à investir dans d’autres zones selon un cahier des charges dûment établi.

Les entreprises veulent des aides pour se reloger à proximité des zones logistiques

Un autre point de discorde concerne, lui, l’interdiction, après une période de transition, de la circulation des poids lourds dans les villes. Une mesure qui sera certainement bien accueillie et même saluée par l’opinion publique. Tout le monde en convient, la circulation dans certains quartiers de Casablanca, poumon névralgique de l’activité économique du pays, devient impossible à cause des poids lourds qui sillonnent les rues toute la journée, notamment à proximité du port. Les accidents assez fréquents causés par ces poids lourds ainsi que l’encombrement de certaines artères qui abritent des entrepôts militent en faveur de l’interdiction de la circulation de ces poids lourds au coeur de la ville. Mais cette interdiction, estiment les opérateurs, devrait être précédée d’un relogement de ces entreprises en dehors des centres urbains. Le tissu économique étant essentiellement composé de PME et PMI, présentes un peu partout, y compris dans les centres urbains, le contrat programme ne prévoit pas de mesures incitatives pour encourager (foncier industriel, fiscalité, fonds d’encouragement...) les entreprises à se fixer à proximité des zones logistiques.
Certes, on parle d’une période de transition pour transférer ces activités, mais celles-ci ne déménageraient pas facilement si elles n’y ont aucun intérêt. La CGEM voudrait que l’on se penche sur le sort de ces entreprises et étudier au cas par cas l’impact de ces transferts.
Enfin, le contrat programme pousse explicitement à l’utilisation du transport ferroviaire en priorité par les entreprises, ce qui n’est pas pour plaire aux transporteurs routiers qui se déclarent contre toute mesure de nature à favoriser le ferroviaire au détriment du routier, car elle entraverait de fait les règles de la libre concurrence. On pense, à la CGEM, que la route doit garder sa place tout en laissant aux opérateurs économiques le choix du mode de transport qui leur semble adapté à leur activité.
D’autres points, nous explique-t-on, sont insuffisamment traités. Il en est ainsi des clauses relatives au respect de l’environnement qui devrait être précisées par un contrat d’application spécifique. De même, le contrat programme ne se serait pas assez intéressé aux échanges de données informatiques et à la normalisation du secteur logistique. Bref, à la lecture de l’actuelle mouture du contrat programme logistique, le secteur privé a peur de se faire manger cru par les opérateurs publics.

FOCUS : Un contrat d'application pour Casablanca



l y a de fortes chances pour que le contrat d'application pour la création de la zone logistique de Casablanca soit signé en même temps que le contrat programme global. Sachant que l'essentiel du fret transite, à l'import comme à l'export, par le port de la capitale économique, la stratégie de développement de la compétitivité logistique telle que contenue dans ce contrat programme prévoit pour le Grand Casablanca la création de six plateformes logistiques multi-flux d'une superficie totale de 567 hectares à l'horizon 2015.
Ces zones sont prévues sur l'axe qui mène de Zénata à Médiouna et de Nouaceur à Ouled Salah et Bouskoura.
Pour décongestionner Casablanca, il est prévu de construire une voie express de 20 km entre Casablanca et la zone à conteneurs de Zénata doublée d'une ligne ferroviaire sur ce même axe.


M.M
www.lavieeco.com

2010-03-08

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