25 décembre 2010
Lavieeco (25261 articles)
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Comment a été 2010, comment sera 2011 ? 201 patrons sondés

Seulement 30% des entreprises ont connu une contraction de leur chiffre d’affaires en 2010 mais les délais de paiement se sont allongés. 83% sont optimistes et seulement 5% redoutent un repli du chiffre d’affaires en 2011.

La crise est-elle derrière nous ? Il est sans doute très tôt pour se prononcer de manière tranchée, mais les résultats du sondage sur le moral des patrons réalisé auprès de 201 responsables d’entreprises (voir fiche technique) par le cabinet DS Marketing pour le compte de La Vie éco permettent d’avancer que le bout du tunnel est bien visible. Avant tout, on relève que l’année n’a pas été facile, même si l’économie a bien résisté dans son ensemble. En effet, sur la totalité de l’échantillon, 63,2% indiquent que l’activité de leur entreprise a été affectée par un ralentissement, ce qui ne veut pas nécessairement dire un chiffre d’affaires en décroissance. La situation est plus prononcée en province avec 66,7% de réponses positives contre 61,1% pour l’axe Casablanca-Rabat où est concentré l’essentiel de l’activité économique. La majorité des sondés (96,9%) et la totalité des 75 entreprises de province imputent les difficultés à la conjoncture. Du point de vue sectoriel, le problème est plus prononcé dans l’industrie-BTP où 69% disent avoir été touchés contre 59,7% dans les services et 59,2% dans le commerce.

Les grandes entreprises moins affectées par les mauvais payeurs

En dépit de tous les obstacles exogènes ou endogènes, l’activité des entreprises ne s’est pas effondrée. Beaucoup ont fait même mieux que limiter les dégâts. Seulement
30% de l’échantillon ont vu leur chiffre d’affaires fléchir de plus ou moins 10%. Pour
27% des sondés, il est en stagnation et 43% ont affiché une hausse. Naturellement, la situation a été plus délicate dans les BTP et l’industrie. Pas moins de 60% des sondés dans le secteur déclarent avoir réalisé un chiffre d’affaires en stagnation (27,5%) ou en baisse de moins de 10% (20%) ou de plus de 10% (12,5%). Néanmoins, il y a dans ces deux secteurs plus d’entreprises dont le chiffre d’affaires est en hausse (40%) que d’entreprises ayant essuyé une dégradation (32,5 %). Sur ce volet du chiffre d’affaires, le commerce reste celui qui accuse le plus de baisse : 34,7% des sondés du secteur sont dans ce schéma.
Selon la taille, pratiquement le tiers de chaque groupe est dans un contexte défavorable. Ce sont les entreprises de moins de 50 personnes qui sont en meilleur état, avec un chiffre d’affaires en hausse pour 46% d’entre elles contre 45,3% dans la catégorie des grandes (plus de 200 personnes) et 36% dans les moyennes (entre 50 et 199 personnes). Dans chaque groupe, les entreprises en stagnation représentent respectivement 25%, 24,4 % et 31,7%.
Il reste que l’augmentation du niveau des facturations ne correspond pas toujours à la vitesse du recouvrement. La sempiternelle équation de l’allongement des délais de paiement gêne considérablement les opérateurs, surtout si l’on sait que la majorité, pour ne pas dire la totalité, souffre d’une insuffisance de trésorerie. Les données de l’enquête sont révélatrices de la persistance du mal. Au total,
53,2% des responsables interrogés déplorent une dégradation des délais de paiement par rapport à l’année précédente  qui, à bien des égards, a été beaucoup plus difficile. Seulement 10% de l’échantillon annoncent une amélioration, tandis la situation s’est stabilisée chez 36,3% des répondants.
C’est dans le commerce que les mauvais payeurs sévissent beaucoup plus. Ce sont
61,2 % des sondés qui souffrent d’un allongement des délais, au lieu de 47,5 et 54,2 %, respectivement pour le groupe industrie/BTP et pour les services. Tout naturellement, les PME sont les plus affectées. 56 % des entreprises de moins de 50 personnes et
56,7 % de celles qui emploient un effectif compris entre 50 et 199 qui sont touchées par le phénomène contre 41,5 % des grandes. Paradoxalement, c’est en région que les opérateurs sont plus respectueux de leurs engagements parce que l’aggravation des difficultés de recouvrement n’est reconnue que par 48% des répondants, alors qu’ils sont 56,3% dans l’axe Casa-Rabat. Il y a cependant un bémol à apporter: les factures sont dans l’ensemble honorées dans des délais relativement soutenables. Pour 69,4% des enquêtés, le règlement se fait au bout de 3 mois, après le dépôt de la facture. Ils ne sont que 11,5% à recouvrer leurs créances au bout de 6 mois et plus. Mais ce dernier chiffre doit être interprété avec prudence parce que les conséquences néfastes d’un retard de paiement dépendent certes du montant, mais beaucoup plus de la solidité financière du créancier ou de sa capacité à se refinancer à court terme auprès du secteur bancaire. Plus on s’éloigne de ces deux derniers critères, davantage on aura du mal à supporter des retards, quelle que soit la somme.
Autre information marquante, les entreprises exportatrices (32,3% de l’échantillon) reconnaissent dans leur grande majorité (66,2%) ne pas avoir rencontré de difficultés à vendre à l’étranger. Elles sont 62,9% dans le groupe BTP/industrie, 66,7 % dans les services et 73,3% dans le commerce. Les plus dynamiques se retrouvent dans les entreprises de 50  à 199 personnes : 74,1% contre 61,9% pour les petites et 58,8% chez les grandes.
Dans l’ensemble le volume n’a pas suivi : 44,6% de l’échantillon déplorent une réduction. Les grandes entreprises, pourtant plus nombreuses à regretter des difficultés à l’export, en souffrent beaucoup moins. Certainement parce qu’elles travaillent sur de gros marchés. Elles ne sont que 35,3 % dans ce cas, contre 48,1% des moyennes et 47,6% des petites.
Tout compte fait, l’économie s’en est bien tirée. Si l’on en croit la majorité des responsables, la reprise se confirme. Ils sont 57,7% à trouver que la conjoncture actuelle est favorable. Cette proportion est proche de 60% dans l’industrie/BTP et les services, mais tombe à 53,1% dans le commerce.
Les fortes pluies de fin novembre, qui ont entraîné des coupures d’électricité plus ou moins prolongées et des inondations dévastatrices ayant entrainé des arrêts d’activité n’ont pas douché l’enthousiasme des patrons. La preuve est que 82,6% de l’échantillon global se montrent optimistes pour 2011. Le taux est supérieur à 75% dans tous les secteurs, catégories d’entreprises et régions. Mais pour le moment, les commandes du premier trimestre ou de l’ensemble de l’année 2011 n’explosent pas, même si ceux qui déplorent une chute sont très minoritaires (13,9%). Au total, 56,2% de l’échantillon indiquent qu’elles sont à leur niveau habituel contre 26,9 % qui déclarent plus. C’est dans le commerce où la demande est plus forte que d’habitude (32,7 %), mais on retiendra aussi que c’est dans ce secteur que les patrons sont plus réservés sur la situation qui prévaut en cette fin d’année. Bref, l’intensité du rebond est en principe plus significative après un creux.
Sauf dans les moyennes entreprises (20 %), plus du quart de l’échantillon annonce une hausse supérieure au niveau habituel : 31 % parmi les moins de 50 personnes et
26,8 % parmi les grandes. La situation est similaire sur l’axe Rabat-Casa tout comme en région. Dans la première zone, 54 % des sondés annoncent un niveau équivalent des commandes et 27,8 % une hausse. Dans la seconde, ce sont 60 % qui s’attendent à une stagnation et 25,3 % à une progression.
L’évolution du chiffre d’affaires attendu est, en revanche, plus favorable (des augmentations de prix programmées ?). Il résulte du sondage que respectivement 16,4% et 33,3% des responsables d’entreprises s’attendent à une forte ou une légère appréciation. Seulement 5% redoutent un repli, léger (4%) ou prononcé (1%). Le reste, 45,3%, mise sur une stagnation. L’intensité de la baisse est quasi similaire dans tous les secteurs. Elle est un peu plus importante en région, où 6,7% des sondés prévoient une légère décrue, que sur l’axe RabaCasa. Dans cette partie du pays, 2,4% et 1,6% des patrons s’attendent à ce que cette baisse des recettes soit légère ou forte.
L’amélioration du chiffre d’affaires est imputée en premier lieu à la réduction de l’intensité de la crise, donc à l’amélioration de la situation économique internationale (40%). Suivent la progression de la demande (33%), la baisse ou la disparition de la concurrence (15%), la performance interne (18%) et l’adaptation du secteur à la
crise.

32,7% seulement réduiraient leurs charges en cas de baisse ou stagnation du chiffre d’affaires

Cette hiérarchie est plus ou moins respectée dans tous les secteurs et catégories d’entreprises. En revanche, les entreprises de province sont moins dépendantes de l’extérieur comme le reflètent les chiffres de l’enquête. Si 47,6% des sondés de l’axe Casa-Rabat attribuent l’amélioration de leur activité à la détente au niveau international, ils ne sont que 27 % dans les régions.
Du côté des entreprises qui craignent d’être rattrapées par un repli ou une stagnation du chiffre d’affaires, 32,7 % des dirigeants prévoient de tailler dans les dépenses contre
48,5 % qui ne prévoient aucune réduction de charges et 18,8 % d’indécis. C’est un indice que la majorité entend se battre pour redresser la barre. Plus rassurant encore : même si un plan d’économie est mis en place et que les primes sont dans le collimateur d’une bonne partie des patrons qui seraient poussés à faire des économies (21,2% de 52), l’effectif sera peu affecté. La réduction des coûts salariaux est citée par 3,8 % des patrons : 1,9 % se prononcent pour les charges du personnel et autant pour l’arrêt ou la baisse des recrutements.
En définitive, l’optimisme est clairement exprimé quand bien même les patrons sont divisés sur le fait que 2011 sera ou non l’année de sortie de crise. Globalement, les relations politiques conflictuelles avec l’Espagne, un des principaux partenaires commerciaux, ne font pas craindre le pire : 63% de l’échantillon estiment qu’elles n’auront aucun impact sur les affaires, mais il reste que 28% expriment franchement des craintes.