CGEM : les grands enjeux du prochain mandat
21 février 2018
Naoufel Darif (842 articles)
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CGEM : les grands enjeux du prochain mandat

Aucun candidat ne s’est encore manifesté officiellement n Comme d’habitude, l’issue du scrutin dépendra des grands groupes. Le soutien à la PME, la fiscalité, le dialogue social, les délais de paiement, la défense commerciale sont des dossiers brûlants pour le prochain président.

Qui sera le nouveau patron des patrons ? Après deux mandats de trois ans chacun, Miriem Bensalah Chaqroun quittera la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) le 12 mai. Son successeur sera connu à l’issue de l’assemblée générale élective du 22 du même mois. D’ici là, des noms circulent, des tandems se tissent et des alliances se défont au gré des ambitions, des résultats des négociations sur les postes, des affinités, des domaines de compétence, des rapports de force et autres paramètres! Pour le moment, il est prématuré de se prononcer «sur les noms des candidats officiels, encore moins de citer des favoris», confie un ancien membre de la confédération qui a côtoyé plusieurs présidents.

Hakim Marrakchi, patron de Maghreb Industries et ancien vice-président de la CGEM, relève que durant les quatre dernières élections, les noms des candidats n’étaient connus qu’à la veille de l’ouverture de l’appel à candidature, généralement la première semaine de mars. «Il n’y a pas de raison pour qu’il en soit autrement cette fois», déclare celui qu’on dit favori de l’actuelle présidente de la confédération. Les intéressés préfèrent souvent se mettre en retrait. Certainement pour bien travailler dans les coulisses afin d’augmenter leurs chances d’être élus. Pas tous! Il y a quelques mois, Hammad Kassal, ancien président de la Fédération des PME au sein de la CGEM, en tandem avec Omar Chaâbi, avait annoncé sa candidature dans la presse. Aujourd’hui, le vice-président d’Ynna holding, qui réfléchit à se présenter en tant que candidat à la présidence – avec Hammad Kassal comme vice président- et non plus en tant que colistier, affirme que rien n’est encore tranché pour le moment.

Les autres binômes auront du 12 mars, date du lancement de l’appel à candidature, à la mi-avril pour se déclarer. La campagne sera ouverte le 19 avril. «A l’issue du délai de dépôt des candidatures, le Comité de suivi électoral de la CGEM examinera les dossiers et soumettra son appréciation au conseil d’Administration qui se prononcera sur leur validation», apprend-on auprès de la CGEM. «Il y en a qui veulent que les projecteurs soient braqués sur eux et ceux qui préfèrent sortir le grand jeu le moment venu pour une victoire sûre», commente un membre de l’organisation à qui l’on prête l’intention de se présenter. En réalité, certains candidats de dernière minute s’assurent d’abord du soutien des grands groupes dont le vote est décisif, compte tenu du nombre de leurs entreprises et donc de leurs voix. «Il ne sert à rien de faire cavalier seul, même avec le plus ambitieux des programmes et la plus correcte des intentions. Il faut avoir les faveurs de ces notables, un peu à l’image du collège des grands électeurs des présidentielles américaines», commente un observateur.

Candidatures consensuelles

Durant cette veillée d’armes, quelques noms sont cités fréquemment, en l’occurrence le PDG du groupe de solutions monétiques HPS, Mohamed Horani, qui a déjà présidé l’organisation patronale (juin 2009-mai 2012), Mohamed Talal, président de la commission logistique et patron de La Voie Express, Abdelilah Hifdi, président du groupe parlementaire CGEM à la Chambre des conseillers et de la Fédération nationale du transport, Hakim Marrakchi, patron de Maghreb Industries, en binôme avec Khalida Azbane du groupe éponyme. Un habitué des arcanes de la confédération ajoute que d’autres alliances pourraient se constituer d’ici le 12 mars.

Naturellement, aucune des personnes citées n’a manifesté une quelconque intention de solliciter les suffrages de ses pairs. On en est juste aux supputations comme dans toutes les pré-campagnes. On peut en revanche confirmer qu’à la CGEM, on s’est maintenant habitué aux candidatures consensuelles. En effet, la dernière fois que les élections ont opposé une pléiade de prétendants remonte au mandat Chami (juin 2000-juin 2006). «La présidence n’est pas un poste de pouvoir comme les autres. De plus la mission doit être remplie avec beaucoup de dévouement parallèlement aux occupations personnelles, et ne donne lieu à aucune rémunération», souligne un membre pour expliquer le peu d’intérêt pour le poste.

«Remettre l’entreprise marocaine sur les rails»

Au-delà des candidats à la présidence, «la vraie question est de dresser le profil idéal du candidat qui pourra endosser, dans la conjoncture actuelle, le sacerdoce de représenter le monde des affaires», s’interroge M. Marrakchi. La fonction exige en effet des qualités relationnelles, un pouvoir de persuasion, une expertise large et une maîtrise parfaite des dossiers. Dans la même veine, un grand industriel de l’agroalimentaire insiste sur le fait que le nouveau nom doit surtout être un fin négociateur face à l’Exécutif, étant donné que «de grands dossiers sont en suspens, notamment le dialogue social, les contrats de formation, la fiscalité et les dépenses fiscales, les délais de paiement, et le remboursement des crédits de l’Etat au privé, notamment ceux de la TVA…».

«Il faut une personne qui veillera à remettre l’entreprise marocaine sur les rails», répète M. Marrakchi. «Aujourd’hui, nos entreprises n’ont pas la capacité de créer des produits compétitifs à l’international. Notre économie, où la valeur du travail a nettement baissé au profit de situations de rente, est fragile. Nous continuons de faire face à de grandes problématiques d’industrialisation. De plus, la majorité des secteurs productifs devront commencer ou continuer leur passage à des process digitalisés», analyse-t-il. «Mieux soutenir la PME, défendre la production locale et les industriels, en finir avec la sous-facturation et toutes les pratiques de concurrence déloyale et faire du lobbying pour consolider les mesures de défense commerciale, voilà à quoi devra s’atteler le prochain élu», ajoute notre source proche de la présidence.

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