Conception et décoration : la fonctionnalité comme ligne directrice
19 avril 2018
Mohamed Moujahid (1048 articles)
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Conception et décoration : la fonctionnalité comme ligne directrice

Le salon traditionnel, principal espace dédié à l’accueil de la famille et des amis, a longtemps été incontournable dans l’intérieur des Marocains. Il a subi cependant les influences occidentales, nordique en particulier.

Décorer a toujours été la partie la plus plaisante de la construction de son petit nid douillet. C’est là où le goût, l’imagination et la créativité se rejoignent pour donner une touche originale à son intérieur. Une identité qui correspond à la personnalité de chacun, et qui transforme l’intérieur en une extension de soi, incarnée par un ou plusieurs styles, des formes, des couleurs, des matériaux, etc. Les Marocains ont toujours eu leurs habitudes. Le salon traditionnel, principal espace dédié à l’accueil de la famille et des amis, a longtemps été un «must have» pour toutes les familles marocaines. Ce style a peu à peu adopté des influences orientales, principalement turques et perses, pour rafraîchir l’offre et proposer des nouveautés qui viennent magnifier davantage la chaleur conviviale et artistique de cette pièce maîtresse. Seulement, d’autres influences ont récemment gagné du terrain au Maroc, et remporté l’intérêt des Marocains friands de nouveautés. Et celles-ci tranchent radicalement avec l’expression visuelle de l’hospitalité marocaine telle qu’elle a été cultivée depuis des décennies. Aujourd’hui, l’intérieur marocain accueille des tendances scandinaves, germaniques, victoriennes, asiatiques, indiennes et bien d’autres. Autant de styles et d’écoles de la décoration et du design d’intérieur qui participent de la richesse des possibilités et des combinaisons possibles. Questionnée sur cette évolution, Imane Amri, architecte maître d’œuvre, explique à La Vie éco que «le paysage du design est aujourd’hui marqué par l’influence nordique principalement. La tendance des lignes épurées et sobres attire de plus en plus de Marocains, qui rechignent moins à s’émanciper du style traditionnel pour oser en essayer d’autres, différents, mais tout aussi intéressants».

Des couleurs chaudes pour égayer davantage l’intérieur

La perméabilité récente de ces tendances s’explique également par la nécessité de s’adapter à des surfaces moins généreuses que ce qu’offraient les grandes maisons d’autrefois. Les surfaces habitables des appartements sont rarement adaptées à l’installation d’un ou de plusieurs grands salons marocains riches en couleurs et en motifs, a fortiori lorsque le reste de l’intérieur se doit d’adapter le mobilier aux besoins de rangement et de stockage, ce que les styles européens et nordiques permettent joliment. Autre point intéressant, «la notion de choix, récemment introduite dans tout ce qui est design d’intérieur et décoration, a offert aux Marocains la possibilité de s’essayer à d’autres manières de décorer et de joindre le beau au fonctionnel. Ce n’est pas une évolution, mais plutôt une adaptation à l’époque dans laquelle nous vivons. Et il y a moyen de faire, tant les possibilités sont infinies, et ce sans nécessairement avoir à sacrifier notre identité visuelle et les repères stylistiques qui nous confèrent notre personnalité collective et individuelle», explique Younes Duret, spécialiste du design et du réaménagement d’intérieur. Aussi, la sobriété et la neutralité de l’école nordique commencent graduellement à réintégrer les couleurs, parfois vives, pour redonner de la chaleur à l’ensemble et sortir des dogmes visuels qu’imposent le blanc et le gris. Même chez les adeptes de ce style parmi les designers, les couleurs chaudes sont réintroduites pour égayer davantage l’intérieur, et redonner de la chaleur à l’aspect global.

 

Younes Duret

Comment interprétez-vous les nouvelles orientations du design au Maroc ?

C’est une nouvelle ère qui s’ouvre à nous. Le Maroc et les Marocains ont leur histoire et leur identité qui s’incarnent, entre autres, par des styles architecturaux et décoratifs. Les ornements domestiques ont conservé leur appartenance à la culture arabo-musulmane, ce que l’on retrouve assez fréquemment dans les motifs travaillés en bois, en plâtre ou en zelij. Seulement, le changement d’époques amène son lot de nouveautés, et le besoin exprimé requiert des meubles et des objets décoratifs qui répondent à la fois aux caractéristiques de notre culture par leur aspect, et à leur utilité et propos qu’ils servent. Dire que c’est une évolution est, selon moi, inexacte, parce que cela suppose que le style traditionnel n’est plus adapté. Il l’est toujours. Ce que nous nous efforçons de faire, à notre niveau, c’est d’imaginer une autre manière de travailler les matières et offrir aux Marocains la possibilité de décorer leur intérieur par des objets qui soient beaux et utiles.

 Vers quoi le design marocain se dirige-t-il, selon vous ?

Le design est le fruit d’une confrontation entre l’utilité, l’aspect qui lui sied, et le potentiel d’attractivité auprès du marché. En cela, un design réussi ne peut faire l’économie d’aucun de ces principes. Pour le marché marocain, les critères visuels sont d’autant plus intéressants à considérer au moment de la conception puisque le produit se doit d’incarner cette identité chère, tout en se positionnant sur la modernité et l’efficacité. A titre d’exemple, certaines de nos créations reprennent le motif arabo-musulman comme base de conception d’une bibliothèque accrochée au mur. C’est vers cela que la sensibilité se dirige, d’après mon expérience.

 Quel est l’avenir des interactions entre designers et acquéreurs ?

Etant à l’heure des nouvelles technologies, ces interactions se feront de plus en plus virtuellement, avec la possibilité d’agir sur l’objet du design, et ce sur une très large échelle. L’imprimante 3D va profondément impacter ces liens, puisque le client n’aura plus qu’à sélectionner, sur une plateforme digitale, l’objet désiré. Ensuite, il pourra choisir ses dimensions et sa couleur, puis l’imprimer chez lui.