Autoroutes : le besoin d’un deuxième  contrat-programme devient urgent
18 juillet 2018
Mehdi Mouttalib (10 articles)
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Autoroutes : le besoin d’un deuxième contrat-programme devient urgent

Les fonds publics alloués pour l’exercice courant sont inférieurs à la moyenne des dernières années. Le triplement de l’autoroute de contournement de Casablanca et de l’autoroute Casablanca-Berrechid sera achevé en 2018. La dette pèse toujours lourd sur les finances de la société.

Depuis la conclusion du contrat-programme 2008-2015, qui a permis la concrétisation de quelque 1 800 km, Autoroutes du Maroc (ADM) attend toujours d’en signer un deuxième en vue d’amorcer de nouveaux chantiers d’envergure, et poursuivre ainsi la densification du maillage autoroutier national ainsi que sa configuration en accord avec les défis logistiques actuels. Ceci étant, la Loi de Finances 2018 n’a alloué à ladite société qu’un budget de 3,4 milliards de DH, dédié à la poursuite et au bouclage des chantiers en cours de réalisation. Une enveloppe inférieure à la moyenne habituellement octroyée, comprise entre 4 et 5 milliards de DH par an depuis 2014. A l’évidence, ADM a entamé l’année en cours avec moins de moyens que d’habitude, en plus des effets du plan de restructuration de sa dette (qui s’élève à 40,6 milliards de DH à fin 2017), qui n’est pas sans peser sur sa capacité à s’engager dans de nouveaux investissements. Pour autant, les chantiers annoncés pour 2018 «avancent bon train», d’après le DG Anouar Benazzouz. Ce dernier affirme en effet que les chantiers actuellement en développement ou en cours de finalisation revêtent une importance capitale, puisqu’ils permettront d’asseoir les fondements nécessaires au déploiement de la stratégie de modernisation à venir.

Deux milliards de DH pour tripler 60 km de voies

Dans le détail, les chantiers dont le bouclage est prévu pour fin 2018 concernent le triplement de l’autoroute de contournement de Casablanca et de l’autoroute de Casablanca-Berrechid, deux tronçons qui concentrent un trafic à l’évolution soutenue, en augmentation de 7% en moyenne annuelle. La longueur totale des triplements sera de 60 km, et mobilisera un investissement de 2 milliards de DH. Aussi, il sera procédé à la construction de 11 passerelles sur l’ensemble des 1 800 km réalisés, ainsi qu’à la mise à niveau de la signalisation horizontale et la généralisation du système de vidéosurveillance à l’ensemble du réseau.

Par ailleurs, ADM a achevé, fin avril dernier, les travaux d’extension de la gare de péage de l’échangeur Meknès-Est, qui est passé de 6 à 10 voies. Ce chantier, qui cadre avec la stratégie d’ADM pour la modernisation et l’investissement dans le développement des infrastructures autoroutières nationales, vient consolider la connexion de la région au réseau autoroutier et la fluidité de la circulation.

Optimisation et modernisation des infrastructures existantes

De même, la société a finalisé, en mai dernier, l’opération de ripage des ouvrages de l’ONCF sur l’axe Rabat–Casablanca, soulageant par là même l’axe Mohammédia Est-Beni Ykhlef qui commençait à être asphyxié.
En revanche, et bien que les chantiers qui seront bouclés fin 2018 soient d’une importance certaine, l’écart entre ce qu’ils représentent en termes de kilomètres traités, modernisés ou élargis est béant comparativement au rythme avec lequel le réseau autoroutier s’est développé jusqu’à aujourd’hui. De plus et étant donné que la stratégie nationale de développement des infrastructures justifie d’une approche globale axée sur le désenclavement et la densification du réseau routier, les chantiers qui sont menés dans ce cadre-là se font de concert avec les projets de développement du réseau autoroutier, eu égard aux interconnexions et à la complémentarité des deux segments. Aussi, la Loi de Finances 2018 fait état d’un budget d’investissement de 40,1 milliards de DH pour les infrastructures, soit 2,4 milliards de plus qu’en 2017. Sur ce total, 1,249 milliard de DH est, en principe, affectés au programme de lutte contre les disparités sociales et territoriales dans le monde rural pour ce qui est du développement des réseaux routiers adéquats et 1,54 MMDH aux opérations de modernisation du réseau routier, avec le renforcement de 800 km de chaussées et l’élargissement de 600 km. Ladite stratégie part d’un actif dense de 57334 km, dont 43.318 km revêtus (75% de la longueur du réseau) et plus de 5 300 ponts (chiffres avancés par le ministère de l’Équipement, du transport et de la logistique, actualisés à 2016).

De son côté, ADM entend poursuivre, selon Anouar Benazzouz, les chantiers d’optimisation et de modernisation des infrastructures existantes, la diversification de l’offre de télépéage et le renforcement de l’offre d’assistance. Corrélativement, elle poursuit ses efforts d’assainissement financier et de remboursement de ses dettes (41 milliards de DH en 2017) et par un reprofilage de ses composantes, et ambitionne d’être de nouveau prête au déploiement stratégique d’envergure à l’horizon 2021. L’Etat serait-il en attente d’une ADM financièrement plus saine, visiblement vers cette échéance, avant de s’engager dans un nouveau contrat-programme ?

ADM a lancé un appel d’offres pour la sous-concession de la construction et de l’exploitation de stations-services sur 8 aires de service sur l’axe Tanger-Agadir. «Les clients-usagers auront ainsi plus de possibilités de marquer une halte sur leur trajet pour se ravitailler ou se restaurer et se reposer avant de reprendre la route», explique le management de la société. La descente d’Ameskroud sera, quant à elle, équipée d’une aire de service dédiée aux poids lourds, où seront mis à leur disposition les moyens de contrôle nécessaires à leurs véhicules.