14 mai 2004
Saad Benmansour (1059 articles)
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Administrateurs : le dialogue de sourds persiste

Les administrateurs demandent une augmentation de 1 000 à 7 000 DH par mois

Ils menacent de faire grève les 19 et 20 mai avec un sit-in devant le ministère des Finances

Le gouvernement propose 1 000 à 3 400 DH par mois, ce que les administrateurs jugent insuffisant.

Si, dans le cadre des accords du 30 avril 2003, les problématiques de certains statuts, notamment les techniciens et les informaticiens, ont pu être résolues, le dossier des administrateurs, lui, est dans l’impasse. Malgré les nombreuses réunions tenues, presque chaque semaine, à  la Primature, et le dialogue qu’on dit permanent, la situation n’a pas bougé d’un iota depuis les accords du 30 avril. La Fédération des associations des administrateurs de l’administration publique (FAADAP), qui regroupe les syndicats des administrateurs affiliés aux quatre centrales (UMT, CDT, FDT, UGTM), vient de lancer un énième mot d’ordre pour une grève générale les 19 et 20 mai, avec un sit-in devant les locaux du ministère des Finances. Mais ces grèves peuvent-elles réellement porter des fruits? Apparemment non, puisque chacune des deux parties continue de camper sur sa position. Une source gouvernementale explique en outre que «les grèves ne servent strictement à  rien car l’enjeu financier est trop important pour que le gouvernement cède à  la pression». En effet, les revendications des administrateurs se résument à  un alignement pur et simple sur le statut des ingénieurs. En d’autres termes, cela reviendrait à  leur accorder une augmentation de leurs indemnités de 1 000 à  7 000 DH brut par mois, à  l’instar de ce qui a été accordé aux ingénieurs dans le cadre de l’accord du 30 avril. Ce qui reviendrait à  une augmentation des salaires de 28 à  60 % et engendrerait, selon les simulations faites par le gouvernement, un coût global de 1,5 milliard de DH par an pour les caisses de l’Etat. «C’est tout simplement impossible», commente un haut responsable. Ce coût très lourd pour le budget provient, en fait, de l’effectif trop élevé des administrateurs. Mais là  aussi, le débat n’est pas clos. D’après les statistiques du gouvernement, la fonction publique compte aujourd’hui près de 42 000 administrateurs. La fédération, pour sa part, rejette ce chiffre et parle de 15 000 seulement. En fait, tout dépend de la définition qu’on donne de l’administrateur. L’augmentation de salaire de 24 % jugée insuffisante Pour les représentants syndicaux de ce corps, est considérée comme administrateur toute personne portant officiellement ce titre. Ni plus, ni moins. Or, le problème aujourd’hui est que, très souvent, il y a des fonctionnaires qui portent des titres différents selon les départements (inspecteurs du travail, inspecteurs des finances…) et qui sont dans la réalité des administrateurs car ayant les mêmes diplômes, les mêmes échelles. Mieux, ces fonctionnaires ne portent pas le titre, certes, mais sont payés selon le même dahir que les administrateurs qui le portent. «Comment pouvons-nous alors justifier auprès de ces fonctionnaires qu’ils soient exclus ?», s’interroge un haut responsable. Devant l’impossibilité de répondre à  leur revendication, le Premier ministre a fait une proposition qu’il juge raisonnable. Cette proposition consiste à  accorder aux administrateurs une augmentation de salaire de 1 050 à  3 400 DH brut par mois, ce qui revient à  une hausse, tout de même substantielle, de 19 à  24%. Si les administrateurs avaient accepté, cette hausse serait entrée en vigueur dès juillet 2003. Pour le président de la FAADAP, Driss Alaoui, «cette augmentation est insuffisante car elle ne représente que 60%, au plus, de ce que nous réclamons». Mais la proposition de Driss Jettou comporte également d’autres éléments. Ainsi, il a été signifié aux administrateurs que, dans le cadre de la réforme en cours du statut de la fonction publique et des grilles des rémunérations, le gouvernement compte insérer un statut particulier pour les administrateurs. Il comportera, entre autres avantages, la création d’un poste d’administrateur général qui sera, selon une source à  la Primature, «un débouché très intéressant, qui évitera à  ceux d’entre eux qui atteindront des échelles très élevées de plafonner». Les enseignants menacent de demander les mêmes avantages, si les administrateurs obtiennent gain de cause Les responsables de la FAADAP, pour leur part, disent n’avoir encore reçu, à  ce jour, aucune proposition dans ce sens. M. Alaoui s’en étonne d’ailleurs, surtout que la réforme, elle, est très avancée. «A moins, conclut-il, que les responsables ne préfèrent encore une fois travailler en vase clos». Ce à  quoi le gouvernement réplique que «si aucune proposition n’a été faite, c’est qu’à  ce jour, aucun projet de statut n’est encore mis dans le circuit». Mais, apparemment, cela se fera incessamment. En clair, le gouvernement demande aujourd’hui aux administrateurs de prendre déjà  ce qu’il leur propose, en attendant la réforme générale. Mais, apparemment, les administrateurs ne l’entendent pas de cette oreille. Le président de la FAADAP rappelle ainsi qu’«après tout, c’est le gouvernement qui avait proposé lui-même, et s’y était engagé, de nous aligner sur les ingénieurs. Nous n’avons jamais rien demandé, certes, mais maintenant, il doit tenir ses promesses». Une affirmation dont un proche collaborateur du Premier ministre ne peut que s’étonner. «Qu’un ministre leur ait promis, à  un moment ou un autre, une telle mesure est une chose et parler d’un éventuel engagement du gouvernement en est une autre». Car Driss Jettou est le mieux placé pour connaà®tre les répercussions immédiates d’une telle concession. Si concession il y a, au profit des 42 000 administrateurs, le Premier ministre redoute de se retrouver le lendemain avec la même revendication au bénéfice des enseignants. Et cette fois-ci, ils seront 180 000 fonctionnaires à  demander d’être alignés sur les ingénieurs, avec un coût induit de 3,5 milliards de DH pour le budget. D’ailleurs, les syndicats d’enseignants ont clairement signifié au gouvernement que si les administrateurs obtiennent gain de cause, ils monteront au créneau pour demander le même traitement. Un Premier ministre avisé en vaut deux ! Le gouvernement demande aujourd’hui aux administrateurs de prendre déjà  ce qu’il leur propose en attendant la réforme générale. Mais ces derniers ne l’entendent pas de cette oreille