Economie
41 procédures d'investissement unifiées
Le manuel des procédures a été distribué aux administrations et CRI. Il entrera en vigueur en mars.
Le CRI en passe de devenir un passage obligé pour toute procédure
liée à l’investissement.
Formulaires type, listes des pièces à remplir, tout est déjà prêt.

Ilétait temps ! Les procédures liées à l’investissement au Maroc viennent d’être unifiées, regroupées dans un unique manuel. La première et grande nouveauté de ce document, auquel La Vie éco a eu accès, est qu’il n’y aura, désormais, plus de différence de traitement pour un investisseur qui demande une autorisation, une licence
ou une quelconque autre dérogation à Tanger et un autre qui la
demande à Agadir. Les procédures d’instruction des dossiers,
les pièces à fournir et les modèles de documents seront
les mêmes partout dans le pays. Pour y arriver, il a fallu huit réunions.
Depuis octobre 2005, en effet, le Comité national dit des procédures
liées à l’investissement (CNPI), regroupant responsables
et hauts cadres des différentes administrations concernées (CRI,
Intérieur, Finances, Tourisme, Agriculture...) répartis en groupes
de travail ont mis à plat les procédures telles qu’elles étaient
appliquées jusqu’à ce jour par les différents Centres
régionaux d’investissement. Un travail qui a été réalisé avec
l’assistance de consultants de l’USAID.
Résultat de ces trois mois de labeur : un manuel regroupant 41 procédures
couvrant différents domaines allant de la demande de licence de débit
de boisson à la demande d’autorisation d’occupation d’espace
public en passant par l’autorisation de construire...
Quoique le manuel ait été validé, sa mise en application
ne sera effective qu’en mars après qu’il aura fait l’objet
d’une circulaire du premier ministre.
La circulaire du premier ministre est en cours de rédaction
Mais d’ici là, les administrations qui interviennent dans l’acte
d’investir et de création d’entreprises, avec à leur
tête les CRI, ont déjà reçu le manuel et peuvent déjà l’appliquer,
du moins en partie, et surtout se familiariser avec les nouveautés qu’il
comporte.
Dans sa version définitive, ce manuel de procédures est articulé autour
de neuf grands chapitres (voir encadré en page 11) en relation soit avec
des secteurs d’activité comme les mines et le tourisme, soit avec
des problématiques plus transversales comme le foncier ou les demandes
d’autorisation de tout genre.
On notera au passage que les deux plus gros chapitres du manuel sont justement
relatifs à l’accès aux terrains domaniaux (10 procédures)
et aux terrains des collectivités locales (7 procédures). Rappelons
que les requêtes, de plus en plus nombreuses, des investisseurs pour bénéficier
de terrains domaniaux ou appartenant à des communes étaient traitées
différemment d’une région à l’autre et finissaient à Rabat
pour arbitrage.
On notera aussi quelques petites révolutions concernant des questions épineuses
comme les licences d’alcool, les permis d’exploitation minière,
les dérogations aux textes sur l’urbanisme (voir encadré).
Par ailleurs, les équipes qui ont travaillé sur le dossier ne se
sont pas limitées à une simple compilation et chacune des quarante
procédures est complétée par un ensemble de documents annexes
comme les modèles de formulaires à utiliser, les listes de pièces
jointes à exiger des investisseurs mais aussi les frais afférents à chaque
procédure.
Autre nouveauté du manuel, la montée en puissance des CRI. A ce
jour, ces derniers ne sont pas des passages obligés pour les investisseurs.
Mais en décortiquant les procédures, les membres du CNPI se sont
rendu compte que quand l’investisseur s’adresse à plusieurs
administrations à la fois, il souffre du cloisonnement, perd du temps
et surtout de l’argent. L’exemple qui illustre parfaitement cela
est celui des statuts. Ainsi, chaque fois que l’investisseur s’adresse à une
administration différente, cette dernière lui demande systématiquement
trois, quatre exemplaires, voire plus, de ses statuts dûment légalisés.
Or, chaque page légalisée engendre le paiement d’un timbre
de 20 DH.
D’où l’idée, développée par le comité de
demander ces documents une seule fois à l’investisseur, quitte pour
l’administration qui les reçoit en premier à les transmettre
aux autres intervenants. La réflexion s’est orientée vers
un passage obligé par les CRI jugés les plus aptes à jouer
le rôle de chef de file. Mais comme l’explique un membre du CNPI, «il
faudra rendre légal le passage obligé par les CRI». La proposition
sera sans doute approuvée et concrétisée.
Prochaine étape : la simplification des démarches
Mais maintenant que le manuel des procédures est prêt, se pose la
question de son applicabilité. Les CRI et autres administrations seront-ils
en mesure de changer en si peu de temps des pratiques ancrées ? Le directeur
du CRI de Casablanca, Hamid Benlefdil, insiste sur l’importance du suivi,
considérant que «le plus important, c’est d’assurer
un suivi rapproché de la mise en application». Pour lui, «il
faut se réunir s’il le faut une fois par semaine pour voir ce qui
est bon, ce qui ne l’est pas et prendre des mesures rectificatives en temps
réel». Quant à l’applicabilité du manuel, M.
Benlefdil considère que «ce serait une révolution si 50 %
seulement de ces procédures commencent à être appliquées».
Son homologue du CRI de Rabat, Nabil Kharroubi, pour sa part, pense déjà à l’étape
suivante, la simplification des procédures qui représente le plus
gros du travail. Car, pour cette première phase, la publication du manuel,
il ne s’agissait pas de modifier les procédures mais, dans un premier
temps, de faire en sorte que les administrations, où qu’elles se
trouvent, traitent les requêtes des investisseurs de la même manière.
D’autant plus qu’une procédure étant le plus souvent
adossée à un texte réglementaire, sa modification aurait
demandé une action sur le texte. Aujourd’hui, on n’en est
pas encore là. «Il fallait d’abord commencer par uniformiser
la démarche car même si les textes réglementaires sont les
mêmes, chaque responsable, chaque administration en faisait sa propre interprétation»,
explique un membre du comité. Et du coup, on se retrouvait souvent, pour
un même cas de figure, avec plusieurs configurations administratives possibles.
Une fois le manuel mis en application, il restera donc l’autre travail
tout aussi important : celui de simplifier les démarches. Le comité national
continuera donc de travailler à cette tâche en 2006. Mais cette
fois-ci ce ne sera pas facile car, contrairement à la première
phase qui ne nécessitait qu’un travail de compilation et d’harmonisation,
la seconde nécessitera un travail en profondeur qui devra être suivi
par des modifications et amendements de textes réglementaires. Les membres
du CNPI ne se font pas d’illusions, connaissant parfaitement la sensibilité de
certaines administrations quand il s’agit de réduire leurs attributions. «Nous
savons que ces propositions de changements réglementaires susciteront
les réticences de certaines administrations», confie un membre du
CNPI, révélant qu’«en cas de divergences entre administrations,
on se référera à l’arbitrage du premier ministre».
C’est pourquoi, affirme-t-on, «le comité fera son travail
jusqu’au bout et proposera les modifications qu’il jugera utiles,
une manière pour lui de décliner toute responsabilité»,
car la décision de changer les textes revient en définitive au
gouvernement. Espérons seulement que ce dernier aura le temps d’achever
ce travail avant les législatives
Ce serait déjà une révolution si 50 % seulement des procédures
figurant au manuel commençaient à être appliquées
par les administrations et les CRI.
Les petites révolutions
Le manuel des procédures a été l’occasion de remettre
en question certaines pratiques, pourtant vieilles et qu’on pensait inamovibles.
C’est le cas par exemple des demandes de licences pour débit de
boissons alcoolisées. De tout temps, ce sont les autorités locales
qui s’en sont occupé, notamment la police et les préfectures
ou wilayas. Avec le nouveau manuel, ce ne sera plus le cas. Les demandes de licence
seront déposées auprès des CRI, à charge pour eux
de défendre le dossier auprès des autres acteurs concernés
comme la DGSN, les wilayas... Mieux, le CNPI propose que les licences puissent être
transférées entre personnes quand elles sont liées à l’exploitation
d’un établissement, ce qui n’était pas le cas auparavant.
Autre révolution, la cession au privé des terres collectives. Là aussi,
et selon les cas, cette cession était possible dans certaines régions
mais pas dans d’autres, en fonction de l’interprétation que
font les fonctionnaires territoriaux des textes. Avec le manuel, la possibilité de
céder les terres collectives sera généralisée et
rendue possible dans toutes les régions. Le comité promet des changements
de taille pour la deuxième phase, celle de la simplification des procédures
Les procédures qui ont été unifiées
Tourisme : procédure d’examen de projets touristiques ; demandes
de licences pour débits de boisson ; transfert de licences en cas de changement
de gérant.
Mines : permis de recherche minier ; renouvellement de permis de recherche
minier ; permis d’exploitation minière ; renouvellement de permis
d’exploitation ; prorogation exceptionnelle de permis d’exploitation.
Environnement : qualification d’une étude d’impact sur l’environnement
auprès du ministère de l’Environnement ; demande d’un
dossier Fodep.
Accès au foncier de l’Etat : cession d’immeubles du domaine
privé de l’Etat avec documents d’urbanisme ; location d’immeubles
du domaine privé de l’Etat avec documents d’urbanisme ; cession
d’immeubles du domaine privé de l’Etat sans documents d’urbanisme
; location d’immeubles du domaine privé de l’Etat sans documents
d’urbanisme ; occupation temporaire du domaine public de l’Etat -
maritime ou routier ; occupation temporaire du domaine forestier pour des projets
miniers ; occupation temporaire du domaine forestier pour des projets touristiques
; attestation de vocation non agricole ; autorisation de morcellement de terrains
situés à l’intérieur d’un périmètre
d’irrigation ou d’un périmètre de mise en valeur, traitement
de projets en zones sensibles.
Accès au foncier communal : location de terres agricoles collectives
situées à l’intérieur du périmètre urbain
; location de terres agricoles collectives situées à l’extérieur
du périmètre urbain ; reconduction de la location de terres agricoles
collectives; location de terrains collectifs à vocation commerciale, industrielle
et touristique ; reconduction de la location de terrains collectifs à vocation
commerciale, industrielle et touristique ; location de terrains collectifs à des
fins de prospection minière ; reconduction de la location de terrains
collectifs à des fins de prospection minière.
Dérogation aux documents d’urbanisme : création de lotissement
immobilier ; projets situés dans une agglomération rurale dotée
d’un plan de développement homologué ; création de
groupement résidentiel ; création de lotissement immobilier ; projets
situés dans une agglomération rurale sans plan de développement
homologué ; projets de morcellement
Agences urbaines : demander une note de renseignement à l’Agence
urbaine pour les projets situés sur une zone couverte par les documents
d’urbanisme ; demander une note d’orientation à l’Agence
urbaine pour les projets situés sur une zone non couverte par des documents
d’urbanisme.
Conservation foncière : consulter le plan cadastral ; consulter un titre
foncier ; consulter les cartes pour identifier un terrain ; obtenir des informations
pour un terrain non titré.
Procédures relatives aux projets d’investissement supérieur à 200
MDH : projet de convention Article 17; projet de convention Article 7.1 ; projet
de convention Article 17 ; soumettre un projet au contentieux.
Saâd Benmansour&Morad Aziz
www.lavieeco.com
2006-01-06
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