Chronique

Quand les hommes pètent les plombs

Aux islamistes aujourd'hui au gouvernement, il serait bon de dire ceci : Avant de vouloir s'amuser à porter atteinte au peu de libertés dont nous disposons au Maroc, il serait bon d'y réfléchir à deux fois. Et de se demander qui gagnerait à voir la frustration sexuelle gagner du terrain et devenir une pathologie sociale. L'islam ? Certainement pas

CHRONIQUE DE HINDE TAARJI : Quand les hommes pètent les plombs

Après l’euphorie provoquée par la chute de Moubarak, les Egyptiens renouent avec les jours difficiles. La dernière tragédie du match de football de Port-Saïd, avec la mort de 74 personnes, dit l’intensité de la tension qui règne au sein de la société. Mais cette tension ne se manifeste pas seulement à travers les explosions de violence qui ensanglantent de manière répétée la rue égyptienne. Elle se révèle également à un autre niveau : celui du rapport à la femme. Et du vécu de la sexualité.

Cette tension qui touche à l’intime n’est pas née de la révolution. Elle fait cependant partie des facteurs qui participent de la mal vie des Egyptiens. Une de ses conséquences est le harcèlement sexuel, un fléau qui pourrit le quotidien des Egyptiennes. Selon les statistiques du Centre égyptien des droits des femmes, 83% des Egyptiennes sont victimes de «taharrouch» (harcèlement) et l’on compterait 55 viols par jour. Longtemps pourtant, la question est restée taboue. Il a fallu les diffusions sur le net de vidéos montrant des groupes d’hommes se livrer à de véritables chasses aux femmes dans les rues égyptiennes pour que l’ampleur du mal soit admise. Depuis, les langues se sont déliées et des associations se sont constituées pour dénoncer un fléau dont la cause première est la frustration sexuelle.

Avec la révolution, un éclairage cru a été jeté sur l’étendue de cette frustration sexuelle en Egypte, l’exposant aux yeux du monde. Alors qu’elles couvraient les événements de la place Tahrir, au moins trois journalistes occidentales ont subi des agressions sexuelles au vu et au su de tous. Ces faits, uniques de par la manière dont ils se sont déroulés, ont conduit Reporters sans frontières à déconseiller vivement aux médias d’envoyer leurs journalistes femmes dans ce pays. Ce qui, en effet, a le plus choqué est que ces agressions, pour deux d’entre elles du moins, ont eu lieu au milieu de la foule. «Nous avons été assaillies par des jeunes de quatorze ou quinze ans»… «J’ai été tabassée par une meute de jeunes et d’adultes qui ont arraché mes vêtements», a expliqué à l’AFP Caroline Sinz, journaliste à FR3. La jeune femme aurait alors subi des attouchements répondant  à la définition du viol. L’agression aurait duré près de trois quarts d’heure avant que quelques Egyptiens présents sur les lieux parviennent finalement à arracher la journaliste des mains de ses agresseurs. Lara Logan, correspondante à l’étranger de la chaîne CBS, a vécu une situation similaire. Elle a raconté au New York Times comment, «pendant un temps très long», elle a fait l’objet d’une agression qui a été menée par un groupe de 200 à 300 hommes  parmi lesquels ses assaillants l’ont «violée avec leurs mains».

L’émission française Envoyé spécial a consacré ces dernières semaines un de ses reportages au harcèlement sexuel en Egypte. L’ampleur du fléau est telle que l’on peut parler de pathologie sociale. Faute de moyens, les Egyptiens ne se marient plus avant l’âge de 30 ans, expliquait l’un des interviewés d’Envoyé spécial. Jusqu’à cet âge-là, les hommes ne peuvent donc pas avoir de vie sexuelle équilibrée en raison des interdits religieux et sociaux. Outre d’être musulmane avec une minorité copte, l’Egypte est une société d’un extrême conservatisme où le fondamentalisme religieux pèse de tout son poids. La quasi-totalité des femmes y sont voilées quand, dans les années trente, elles furent les premières du monde arabe à l’arracher. De 15 ans à 30 ans, les jeunes doivent donc museler leur libido en attendant de pouvoir convoler en justes noces. Comment, dès lors, être surpris qu’ils «pètent les plombs» ? Comment s’étonner de ces hommes qui, tels des animaux en rut, se livrent à de véritables chasses aux femmes, allant jusqu’à agresser sexuellement au vu et au su de tous ?

L’Egypte ayant été au centre de l’actualité internationale, cette problématique est apparue sous la lumière crue des projecteurs. Mais si, dans ce pays, elle atteint des proportions extrêmes, elle n’est pas le propre de cette seule société. Au moment de la guerre civile en Algérie, les psychiatres ont fait sans mal le lien entre la grave crise du logement qui sévissait alors, empêchant les jeunes de se marier et donc, là-aussi, d’assouvir avant un âge tardif leur libido et le fanatisme assassin dans lequel des milliers d’entre eux ont plongé quand le FIS fut privé de sa victoire. Tout cela pour dire que fondamentalisme religieux et crise sociale font très mauvais ménage. Au Maroc, le harcèlement sexuel existe mais il reste dans une relative «normalité». Pourquoi ? Parce qu’il y a mixité, parce que les relations sexuelles hors mariage existent en dépit de l’interdit social, parce que la société marocaine n’est pas complètement étouffée et que les jeunes peuvent encore y respirer. Alors, aux islamistes aujourd’hui au gouvernement, il serait bon de dire ceci : avant de vouloir s’amuser à porter atteinte au peu de libertés dont nous disposons au Maroc, il serait bon d’y réfléchir à deux fois. Et de se demander qui gagnerait à voir la frustration sexuelle gagner du terrain et devenir une pathologie sociale. L’islam ? Certainement pas.

Hinde Taarji. La Vie éco
www.lavieeco.com

2012-02-29

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