L'histoire d'une Marocaine juive et patriote
Nicole Elgrissy est une Marocaine, juive de confession, qui a refusé l'exode et préféré continuer de vivre au Maroc
Elle raconte l'absurdité de ce départ avec un humour décapant
Un chapitre est consacré aux nostalgiques qui viennent faire le pélerinage des saints juifs enterrés au Maroc.
«Il n’y a jamais eu de haine» entre eux, «et il n’y en aura jamais», tranche-t-elle. Ils parlaient le chti, ce mélange de darija judéo-marocain.
Elle avait neuf ans quand cet exode, suite à la guerre des Six jours en 1967, a pris des proportions alarmantes. Sa famille à elle, grâce à son père, un employé à la CTM, refuse d’obtempérer aux appels de «propagandistes», ces membres de l’organisation sioniste venus au Maroc inciter les juifs à regagner Israël.
Armand, un de ses deux frères, a émigré, plusieurs membres de sa grande famille aussi, mais pas elle. On leur avait promis monts et merveilles, ce ne furent que «des illusions perdues». Armand n’en peut plus de la méprise et du racisme des ashkénazes d’Israël. Un jour, il plie bagage et retourne au bercail. La déception est grande parmi la communauté marocaine qui a choisi l’exode. Baba Sholmo, l’oncle de l’auteur, un prospère négociant dans la boucherie casher au marché de Bab Marrakech, finit vendeur de menthe en Terre promise, et sa femme, Itto, devient vendeuse à la criée de crêpes marocaines, msemmen.
Le Royaume continue, des années après cet exode, d’«aimanter» les juifs du Maroc, éparpillés aux quatre coins du globe. L’auteur consacre un chapitre à ces «revenants», ces nostalgiques qui viennent faire le pèlerinage des saints juifs enterrés au Maroc. «J’ai quelquefois, raconte l’auteur, rencontré des guides touristiques musulmans qui avaient appris l’hébreu pour mieux accompagner les tour-opérateurs israéliens... Grand moment que celui de voir un musulman marocain parler en hébreu avec un Israélien, né au Maroc. L’un parlant l’arabe dialectal, l’autre lui répondant en judéo-marocain. En chti».
Les 334 pages du livre de Nicole grouillent d’anecdotes, d’histoires vraies de juifs ayant quitté leur pays d’origine, ou ayant refusé de l’abandonner, racontées d’une plume où l’humour et le sarcasme côtoient une amertume profonde.
(*) Ed. Afrique-Orient, 334 p.;
177 DH. Janvier 2010. JAOUAD MDIDECH
08-02-2010



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