Amina Benbouchta : au milieu de nulle part une réflexion sur l'art
Artiste et anthropologue à la fois, elle propose une mise en scène des objets du quotidien dans une surprenante exposition à l'atelier La Source du lion.
Amina Benbouchta sort des conventions et donne une nouvelle place à la peinture, loin du cadre habituel.
Au commencement était la peinture
La genèse de tout cela a commencé très tôt. L’entourage dans lequel est née Amina Benbouchta y est sûrement pour quelque chose. Son père était un passionné de photographie, de peinture et de théâtre. L’art, elle l’a touché, expérimenté, vu de près depuis qu’elle est petite. Et c’est tout naturellement qu’elle le partage. A son sens, il n’a rien d’inaccessible ni dans sa forme et encore moins dans son essence. Il est à la portée de tous. Chez Benbouchta, tout est signe, archétype, symbole et fait référence à quelque chose qui est profondément ancré en nous. Ses œuvres restent abordables, compréhensibles. L’artiste détient les clés de cette accessibilité qu’elle livre à travers des objets de tous les jours.
Un cœur noir posé sur la table, des carnets de notes évoquant son quotidien…On peut même s’asseoir, lire, toucher…, d’emblée, le ton est donné. L’art c’est de l’intime partagé ; «je n’ai pas le choix», dit-elle. Bien sûr, il y a ce qu’elle dit, mais on retrouve dans ses compositions, ses dessins, tout ce qu’elle ne dit pas. Mais pour cela «il faut voir au-delà de la surface, il y a plusieurs lectures, on en choisit une. L’apparent ouvre toujours une fenêtre sur autre chose». Des constructions en abîme caractérisent son œuvre. On passe d’une histoire à une autre, on se laisse facilement emporter par le mystère que ça comporte.
De ceux qui connaissent bien le travail de Benbouchta, Bernard Collet, critique d’art. Dans la monographie dédiée à l’artiste et publiée chez Jean-Pierre Huguet éditeur(*), il décrit ainsi ses œuvres «…dans ses toiles toutes les formes reconnaissables (table, chaise, pot) nous apparaissaient libérées de toute charge esthétique, qu’elles ne conservaient que le strict minimum de leurs contours. Comme si le “déjà connu” de ces objets (usuels) était délivré de l’usure. C’est-à-dire ne conservant que leur simple essence, ils nous apparaissent comme neufs, déchargés des affects et des images mémorielles subjectives que nous avons d’eux. Et c’est bien par ce travail de déconstruction qu’elle nous amène à retrouver l’origine de la figure et questionne la représentation». Les origines... cela semble être une obsession pour l’artiste, une recherche de l’anthropologue encore une fois. Les œuvres singulières de Benbouchta sont plus une réflexion sur l’art, sur l’humain. «Au milieu de rien un cœur bat, et nul ne connaît le sens de ce mystère. Au milieu, ou ailleurs, je mets une cage. Pour planter ma tente et me protéger, je m’enferme ou j’enferme l’autre. Comment décrire l’enfermement ? Les objets du quotidien le font très bien. Ils reviennent au monde et ainsi mis en scène ils révèlent nos mémoires intimes». L’intime passe forcément par soi, un soi que l’on veut incorruptible. C’est peut-être pour cela que l’artiste préfère la liberté aux règles académiques. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si elle n’a fréquenté les Beaux-arts de Paris (de 1988-1990) qu’en tant qu’auditrice libre. Un refus des conventions, du déjà-vu, qu’elle assume totalement.
(*) «Amina Benbouchta. La surface et le cœur». Texte de Bernard collet.
Disponible chez Matisse Art Gallery à Marrakech et à la librairie Porte d’Anfa à Casablanca.
«Amina Benbouchta au milieu de nulle part». Exposition visible jusqu’au 5 mars. L’atelier La source du lion. Accueil sur rendez-vous au
027 70 32 27 / 073 62 08 06.
113, avenue Mers Sultan, 6é étage, appt 11, Casablanca.
Expositions personnelles
• 2009 Galerie Matisse, Casablanca.
• 2008 Galerie Ré, Marrakech -- Galerie Souffle, Casablanca
• 2004 Foundouk Bachko-atelier Hassani, Casablanca.
• 1997 Espace «au 9», Casablanca.
• 1996 Galerie El Manar, Casablanca.
• 1995 Centre culturel français, Casablanca.
• 1994 Galerie Winance-Sabbe, Bruxelles.
• 1992 Galerie El Manar, Casablanca.
• 1991 Galerie Arcane, Rabat.
Expositions collectives
• 2009 Biennale d’Alexandrie et des pays de la Méditerranée - Collectif 212 ‘Connexions’, Ville de Bergerac - Passerelle VII : Lisières et débordement – Villa des Arts de Casablanca.
• 2008 Salon d’hiver Biennale de Marrakech - Collectif 212, Casa Arabe Madrid - Les 15 - Galerie Ré, Marrakech - Festival des arts visuels et des nouveaux médias, Casablanca - La nuit des galeries, Le cube, Rabat.
• 2007 Femme et art au Maroc, Fundación - Colegio del Rey, Madrid.
• 2006 - Genap 2005, Cathédrale du Sacré Cœur, Casablanca.
• 2005 - Collectif 212’30 par 30’-, Le cube, Rabat.
• 2004 - Maroc-France, expériences croisées, Musée de Marrakech - Visions actuelles - Université Al Akhawayn, Ifrane - Journée mondiale contre la corruption - Transparency Maroc / CDG-Rabat - Traits Gravures - Salle Bahnini, au ministère de la culture, Rabat - Parcours d’artistes, Rabat.
•2003 - Regards sur l’art contemporain marocain - Lycée Descartes, Rabat - La magie du Maroc - Musée de Kerava, Finlande - A la recherche de nos Atlas secrets, Espace Actua, Casablanca
• 2002 - Une galerie des peintres de notre temps - Galerie El Manar, Casablanca.
• 2001 - Femmes peintres du Maroc - Bab El Kebir, Rabat - Peintres du Maroc - Les Ateliers d’Images et d’Arts Plastiques, Lille - Art marocain contemporain - Palma de Majorque, Barcelone et Valence.
• 1999 - Jardin de pierres - Galerie El Manar, Casablanca
• 1997 - Présence plastique - Hôpital des enfants malades, Rabat - Trois peintres du Maroc - National museum of women and the arts, Washington D.C - Exposition pour l’Algérie - Galerie Nikki Diana Marquart, Paris.
• 1995 - Casablanca, fragments d’imaginaire - Institut français de Casablanca et Galerie Damasco d’Edimbourg, Grande-Bretagne.
• 1994 - Exposition marocaine - Disney Hall, Orlando.
• 1993 - Biennale du Caire, 2e prix.
08-02-2010



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