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Culture

Tanjazz fête ses dix ans en beauté

Publié le : 25/05/2009

Du 10 au 14 juin se tiendra à Tanger la Xe édition de Tanjazz. Pour fêter cet anniversaire, ce festival nous offre un banquet composé d’évasions vers les divers jazz, de mélanges harmonieux, d’artistes méritoires, de talents prometteurs et de découvertes étonnantes. On vous en donne ici un avant-goût après une brève reconstitution du parcours de ce rendez-vous jazzistique.

Dix ans. Si c’était un enfant, on dirait qu’il vient de franchir sans encombre l’âge de raison, mais s’agissant d’un événement musical, mieux vaut dire qu’il est dans la force de l’âge. Ce qui mérite d’être souligné. Car Tanjazz ne fait pas dans la facilité. Alors que la plupart des festivals musicaux ratissent large en matière de programmation afin de séduire le chaland, lui se focalise sur un thème unique, le jazz, qui, de surcroît, forme un registre dont l’audience, au Maroc, demeure confidentielle. Pourtant, force est de constater qu’il tient remarquablement la route, s’assurant, au fil de ses prestations, un nombre, à chaque fois croissant, d’amateurs, au sens plein du terme.

Une entrée en matière incertaine, une suite semée de roses
Quand Tanjazz a vu le jour, en septembre 2000, il n’y avait pas foule au Palais du Mendoub sur le Grand Socco. A peine quelques vieilles dames au visage de porcelaine, des messieurs en habit et canne à pommeau, une dizaine de figures emblématiques de la jet-set culturelle tangéroise, un vol de toilettes tapageuses et un petit nombre de vrais givrés du jazz occupant des gradins clairsemés. Mais au fur et à mesure que Tanjazz s’enracinait, le tableau changeait. L’affluence se décuplait. Aucune comparaison, bien entendu, avec les grosses cylindrées qui happent des centaines de milliers de visiteurs, mais une fréquentation flatteuse. Lors de la IXe édition, les scènes payantes étaient noires de monde quand, à la place des nations, elle accueillait, chaque jour, entre 10 000 et 15 000 personnes. Philippe Lorin en était aux anges.
Il est le géniteur, l’inspirateur et l’âme ardente de Tanjazz. Personnage imprévisible, il est capable de marques d’affection comme de colères olympiennes; tantôt on le trouve attachant, tantôt il se montre cassant, toujours est-il qu’il ne laisse pas indifférent, tant il est étonnant. Epatant, estiment certains. Non à tort. Alors qu’il était au summum de sa carrière, Philippe Lorin jeta son froc de publicitaire aux orties pour aller parcourir le monde. Le Maroc fut sa première escale, il devient son port d’attache. Il mit d’abord cap sur les cités impériales, tant vantées par les guides touristiques, et s’en retrouva désenchanté. Il se transporta, ensuite, vers Casablanca, qu’il connaissait bien, mais s’aperçut qu’elle était encore plus disgracieuse que dans son souvenir. Tanger, en revanche, l’interpella. Une ville pouilleuse, crapuleuse, certes, juge-t-il, mais débordante de charme. «Tanger m’a séduit. Cette cité a quelque chose d’unique, soutient-il. J’y suis très attaché, avec des irritations, bien sûr, à propos de choses qui s’y passent ou plutôt ne s’y passent pas». Irrésistiblement conquis, il y installa ses pénates.
Mais le ci-devant publicitaire ne se contenta pas d’épuiser les délices de sa ville favorite ou d’y fixer, à l’instar de tant de «tangéromances», son errance paresseuse, il tint à contribuer à son épanouissement culturel. Pour ce faire, il créa la fondation, qui porte son nom. Celle-ci abrite un musée où sont exposés lettres et photographies, manuscrits et archives qui permettent de voyager à travers la mémoire tangéroise. Philippe Lorin n’en resta pas à cet acte. Il avait observé que cette cité autrefois hantée par les meilleurs écrivains et les plus grands artistes menait une vie culturelle peu réjouissante. A peine un salon du livre, en dehors duquel il ne se passait pas grand-chose. Pour combler ce vide sidéral, Philippe Lorin concocta un festival international du théâtre amateur, en 2001. Un an auparavant, il avait lancé le Tanjazz.

Grâce à Tanjazz, Tanger a renoué avec son passé musical meublé de rock
Un festival de musique dans une ville plus réputée pour les jouissances terrestres qu’elle procure que par ses plaisirs spirituels ? On se montra sceptique quant à la tournure que prendrait cette affaire. Philippe Lorin ne se lassa pas de rappeler que Tanger était, il n’y avait pas si longtemps, la capitale solaire de la rock generation. Des beatniks aux Rolling Stones, de King Crimson (Tangerine Dream) au groupe The Police (Tea in the Sahara with you). Sans oublier Randy Weston, l’illustre jazzman, qui continuait à y venir chercher son inspiration. Il avait vu juste. En huit éditions, le festival a tissé avec le jazz un réseau de convivialité unique, qui irradie la ville de Tanger et balaie les clivages d’âge et de milieu. Retenant ainsi l’attention des sponsors qui, en contrepartie de leur écot, réclament des têtes d’affiche, au grand dam de Philippe Lorin qui, dès le départ, souhaitait faire de Tanjazz un festival de découverte.
Se trouvant entre le marteau et l’enclume, l’auteur du slogan Pierre, c’est fou, compose, en faisant dialoguer des jazzmen reconnus avec des talents en friche. Parmi les premiers, c’est sûrement Shakura S’Aida qui tiendra, cette année, la vedette. Cette native de Brooklyn, établie à Toronto, possède une voix puissante, qui fera vibrer la scène BMCI où elle se produira. Le groupe Mandrill n’a rien à envier à la renommée Shakura. Chantre de la paix, il a à son actif plusieurs millésimes (Fencewalk, Mango meat, House of wook, Peace and love…) et un tube récent, A blessing, composé en la circonstance de l’élection d’Obama. La bande Pink Turtle n’est pas non plus inconnue des amateurs de jazz. Avec elle, ce ne sont que swings décoiffants. Le jazz étant évolutif, nous aurons droit à tous les courants qui l’ont traversé. Du negro spirituel, première expression musicale noire, grâce à Shakura S’Aida, dont le gospel est un des ancrages. Du bleues avec Julien Brunetaud Quantet, Jazzticots Four ou Authentique Jazz Quintel. Du be-pop à foison, par les soins de Pink Turtle, Sweet System, Milano Swingtet, Patoon & The Black Label Swingtet… Enfin, beaucoup de free-jazz.
Cette édition vient nous rappeler que le jazz n’est pas un genre confiné aux Etats-Unis. Il serait plutôt une catégorie de l’esprit que chaque communauté façonne à sa manière. Aussi, écouterons-nous du jazz italo-américain (Ray Gelato), afro-caraïbéen (Ayoka), austratien (Sally Street), manouche (Tzwing)…

Shakura S’Aida et le groupe Mandrill, têtes d’affiche du Xe Tanjazz
Une succession de traversées propre à vous donner le mal de mer. Et comme le jazz, pour ne pas dépérir dans la solitude, a constamment élargi ses frontières, cette édition nous propose du jazz mêlé de funk et de soul (Shakura S’Aida), de musique caraïbéenne (Circular Time), de samba (Jazz pirine), de bossa nova (Alzy Trio), de biguine antillaise (Patoon & the Black Label Swingtet), de funk-rap (Batucada Bandana), de groove (Upercut), de rock (Gros tube)… Puristes, s’abstenir; amateurs de doux mélanges, soyez au rendez-vous !
Et c’est dans les mélanges que Tarik Batma trouve son plaisir. Ce digne rejeton d’une lignée d’aèdes, de musiciens et de chanteurs (Mohamed Batma est son père, Larbi, Rachid et Hamid Batma ses oncles, Khansa sa sœur) a naturellement une fibre musicale.
Du folk au haddari, du punk au blues, du grunge au gnaoui, il absorbe tout et garde seulement de quoi rendre sa musique essentielle. On y perçoit surtout le chanteur aux prises avec lui-même. Un souffle de voix plaintif qui installe une troublante familiarité avec son auditoire. Le frisson viendra-t-il de ce surdoué de vingt-huit ans, déjà auteur de deux albums, Casablanca et Sahra Bladi ? L’an dernier, c’étaient Boney Fields, Chuchito Valdès et Sara Lazarus qui mirent le feu à la scène. Le premier par sa virtuosité à la trompette, le deuxième grâce à son art du piano, la troisième pour sa voix rare. Cette année, le petit frisson pourrait venir aussi bien de Shakura S’Aida que Mandrill, Nnenna Freelon,  qui a obtenu les Grammy Awards en 2005, Janice de Rosa, chanteuse envoûtante, Ayoka, polyglotte douée d’une voix entraînante ou de Tarik Batma. En tout cas, le Xe Tanjazz promet d’être encore plus talentueux qu’à son habitude.
Origines :Le jazz, une musique d’improvisation


On appelle «jazz» la musique afro-américaine créée au début du XXe siècle par les communautés noire et créole du sud des Etats-Unis.?Il pousse d’abord sur le terreau du «negro spiritual», qui emprunte son inspiration aux chants religieux protestants, avant de forger son propre style.?Ce sera le «blues».?Né à la Nouvelle-Orléans, celui-ci se caractérise par l’emploi de petites formations instrumentales où dominent les vents (clarinettes) et une section rythmique (piano, guitare, contrebasse et batterie).?Après la Première Guerre mondiale, le blues voyage à?New York et Chicago, où il sera accaparé par des grandes formations orchestrales dont Duke Ellington demeure l’interprète le plus représentatif.?C’est alors l’âge d’or du «swing», fondé sur l’importance des solos de virtuosité.?Sur le plan vocal, le swing donnera naissance au «scat», dans lequel les paroles sont remplacées par des onamatopées.?Louis Armstrong et Ella Fitzgerald en sont les figures majeures. A New York, au début des années 40, apparaît le «be-bop», qui rompt la régularité rythmique au profit d’une diversification des rôles instrumentaux (Charlie Parker, Dizzy Gillepse, Kenny Clarke, Bud Powell,?Art Blakey…).?Après vingt ans de règne, le be-pop sera bousculé par un nouveau courant jazzistique, le «free-jazz», dont le principe élément structurel est l’improvisation la plus libre.?Ses fers de lance, John Coltrane et Ornette Coleman, mettent au rebut les normes convenues du jazz (thème, durée du chorus, tempo régulier, tonalité définie…) et utilisent essentiellement des instruments acoustiques.?Mais bien que divers et multiple, le jazz s’articule autour d’un noyau : l’improvisation.?Celle-ci consiste à paraphraser, par chaque soliste, un thème choisi, comme base du morceau.?Les plus grands instrumentistes sont Count Basie et Errol Garner (piano), Lionel Hampton (vibraphone), Dizzy Gillepsie et Louis Armstrong (trompette), Charlie Mingus (basse), Kenny Clark (batterie), Sidney Bechet et Benny Goodman (Clarinette), John Coltrane (saxophone)…

Et-Tayeb Houdaïfa
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: 31 Juil 2010
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